L’inclusion scolaire, pensée comme un droit fondamental pour les élèves en situation de handicap ou à besoins particuliers, se heurte aujourd’hui à une réalité de terrain de plus en plus difficile dans les écoles. En Côte-d’Or, la FSU-SNUipp21 alerte sur la dégradation des conditions de travail des personnels et appelle l’administration à apporter des réponses concrètes et rapides. Le syndicat dénonce une politique d’inclusion menée « sans les moyens nécessaires », qui place enseignants, enseignantes et accompagnants d’élèves en situation de handicap face à des situations complexes, parfois violentes, sans accompagnement suffisant.
Dans son communiqué, la FSU-SNUipp21 rappelle que, selon le dossier de presse 2025 de la FSU-SNUipp, 60 % des personnels des écoles déclarent une dégradation de leurs conditions de travail directement liée à la politique d’inclusion actuelle. Pour le syndicat, ce chiffre traduit un malaise profond et durable au sein des équipes éducatives. L’inclusion, telle qu’elle est mise en œuvre aujourd’hui, reposerait trop largement sur l’engagement individuel des personnels, leur capacité à absorber les difficultés et leur épuisement progressif.
Sur le terrain, les enseignants et les AESH disent devoir faire face à des situations de plus en plus lourdes. Les besoins des élèves sont parfois très importants, les réponses institutionnelles insuffisantes et les moyens humains trop limités. Le manque de formation adaptée, l’absence d’accompagnement spécialisé dans certaines situations et des effectifs de classe toujours chargés accentuent le sentiment d’impuissance. Les personnels affirment ne pas remettre en cause le principe même de l’inclusion, mais dénoncent une organisation qui ne leur permet plus de remplir correctement leurs missions.
Le syndicat pointe notamment le manque de places dans les établissements spécialisés. Faute de solutions adaptées, certains élèves restent scolarisés dans des conditions qui ne répondent ni à leurs besoins, ni à ceux du groupe classe, ni aux exigences de sécurité pour les adultes qui les encadrent. Cette situation crée, selon la FSU-SNUipp21, une tension permanente dans les écoles, avec des conséquences directes sur la santé des personnels et sur la qualité de l’enseignement dispensé à l’ensemble des élèves.
Les signalements recensés depuis la rentrée scolaire témoignent d’une aggravation préoccupante. Entre le 1er septembre 2025 et le 19 mai 2026, 207 signalements de risques physiques ont été enregistrés, contre 154 à la même période l’an dernier. Les risques psycho-sociaux progressent également, avec 267 signalements contre 235 l’année précédente. Pour le syndicat, ces chiffres confirment que les alertes ne relèvent pas de cas isolés, mais d’un phénomène plus large, qui touche de nombreuses équipes éducatives.
À Chenôve, l’école élémentaire Saint-Jacques cristallise cette inquiétude. Située en Réseau d’Éducation Prioritaire renforcé, l’école connaît une situation particulièrement tendue. Les enseignantes ont décidé d’organiser une journée de grève le 26 mai afin de dénoncer ce qu’elles considèrent comme l’inaction de l’administration. Elles réclament des mesures immédiates de protection face à des violences physiques répétées, malgré le soutien de leur inspectrice de circonscription.
Les faits rapportés par les personnels font état d’un climat devenu extrêmement difficile : insultes, coups, agressions, tensions répétées et sentiment d’abandon. Les équipes expliquent ne plus pouvoir exercer sereinement leur métier et estiment que les réponses apportées jusqu’ici ne sont pas à la hauteur des dangers signalés. Pour elles, l’école ne peut pas continuer à fonctionner en laissant les enseignants et les AESH seuls face à des situations qui dépassent le cadre ordinaire de la classe.
Cette mobilisation locale s’inscrit dans un débat national plus large sur les conditions réelles de l’inclusion scolaire. Depuis la loi de 2005, l’inclusion est reconnue comme un droit pour les élèves. Ce principe a permis à de nombreux enfants d’accéder davantage à l’école ordinaire. Mais pour les syndicats enseignants, ce droit ne peut être effectif que si l’État garantit les moyens nécessaires : personnels formés, accompagnement suffisant, places adaptées, temps de concertation, soutien médico-social et réponses rapides lorsque la sécurité est menacée.
La FSU-SNUipp21 insiste sur un point central : l’inclusion ne doit pas devenir un danger, ni pour les personnels, ni pour les élèves eux-mêmes. Le syndicat refuse que ce principe soit utilisé comme un moyen de compenser le manque de structures spécialisées ou l’insuffisance des services publics. Pour lui, l’école inclusive ne peut pas être réduite à une simple présence des élèves dans les classes ordinaires. Elle doit permettre une scolarisation réelle, adaptée, sécurisée et bénéfique pour tous.
Les AESH sont également au cœur de cette problématique. Leur rôle est essentiel dans l’accompagnement quotidien des élèves en situation de handicap, mais leurs conditions de travail demeurent souvent précaires. Dans de nombreuses écoles, leur nombre est insuffisant au regard des besoins, leurs temps d’intervention sont fragmentés et leur formation ne permet pas toujours de répondre à des situations complexes. Cette fragilité du dispositif pèse directement sur les élèves accompagnés, sur les enseignants et sur l’ensemble du fonctionnement des classes.
Pour les personnels mobilisés, la question est aussi celle de la reconnaissance. Ils disent vouloir continuer à exercer leur métier avec engagement, mais dans des conditions qui respectent leur santé physique et mentale. Les violences, les tensions permanentes et les risques psycho-sociaux ne peuvent pas être considérés comme des aléas ordinaires du métier. Lorsqu’un danger est signalé, la FSU-SNUipp21 demande que l’administration apporte une protection effective et des réponses rapides.
Le rectorat et la DSDEN sont donc directement interpellés. Le syndicat attend des mesures concrètes pour protéger les équipes, renforcer l’accompagnement des élèves, améliorer les conditions de travail et éviter que les situations ne se dégradent davantage. À défaut, les mobilisations pourraient se multiplier dans les écoles où les personnels estiment ne plus pouvoir faire face seuls.
Derrière cette alerte syndicale se pose une question de fond : comment garantir une école réellement inclusive sans fragiliser ceux qui la font vivre au quotidien ? Pour la FSU-SNUipp21, la réponse ne peut pas se limiter à des injonctions institutionnelles. Elle suppose des moyens humains, des dispositifs adaptés, une formation renforcée et une écoute réelle des personnels.
À Chenôve comme ailleurs, les enseignants ne disent pas refuser l’inclusion. Ils demandent qu’elle soit rendue possible. Leur mot d’ordre résume cette position : « L’inclusion oui, mais pas comme ça. »
