La mobilisation se poursuit au collège des Lentillères, à Dijon. Ce jeudi 4 juin, un rassemblement s’est tenu devant le rectorat de l’académie de Dijon, en soutien à une délégation de l’établissement reçue en audience en fin de journée. Plusieurs personnes, dont des enseignants mobilisés, étaient présentes pour dénoncer la baisse des moyens annoncée pour la rentrée 2026 et défendre l’ouverture de classes supplémentaires.
Cette nouvelle action s’inscrit dans la continuité d’un mouvement engagé depuis plusieurs mois au sein du collège. Dès le mois de mars, les personnels avaient alerté sur la perte annoncée de 100 heures d’enseignement dans la dotation horaire globale de l’établissement. Une première journée de grève avait notamment été organisée le 19 mars, avec un rassemblement devant le collège le matin, puis un cortège réunissant plusieurs établissements de Côte-d’Or dans les rues de Dijon, de la place de la Libération jusqu’au rectorat.
Ce jeudi, l’objectif des enseignants était clair : obtenir des réponses de l’administration et défendre la nécessité de moyens supplémentaires pour la rentrée prochaine. Une délégation du collège devait être reçue à partir de 18 heures par M. Jardry, nouveau directeur académique des services de l’Éducation nationale. Devant le rectorat, les personnels mobilisés ont rappelé leurs inquiétudes concernant les conséquences concrètes de la baisse de moyens sur les élèves comme sur les équipes pédagogiques.
Selon les enseignants, la diminution de la dotation horaire globale entraînerait la suppression de deux classes à la rentrée 2026 : une classe de 6e et une classe de 4e. Une perspective jugée particulièrement préoccupante dans un établissement où certains niveaux pourraient se retrouver avec des effectifs très chargés.
Présente lors du rassemblement, Violette Richard-Andrieux, professeure d’histoire-géographie au collège des Lentillères et co-secrétaire départementale de la CGT Éducation 21, a détaillé les raisons de cette mobilisation. « Le collège des Lentillères est présent aujourd’hui devant le rectorat parce qu’il y a une audience avec M. Jardry, le nouveau Dasen, dans l’objectif de récupérer des heures pour ouvrir les classes qui nous sont supprimées, soit une classe de 6e et une classe de 4e », explique-t-elle.
L’enseignante alerte notamment sur les effectifs envisagés à la rentrée. « Actuellement, avec la répartition telle qu’elle est, avec les moyens qu’on nous donne, on a trois classes de 6e à 30 élèves et des classes de 4e à 28,8, soit 29 élèves », indique-t-elle. Pour les personnels mobilisés, ces chiffres ne sont pas acceptables, d’autant plus qu’ils concernent deux niveaux considérés comme essentiels dans le parcours scolaire des collégiens.
La 6e représente en effet une étape importante pour les élèves, qui quittent l’école primaire pour entrer au collège. « Les 6e arrivent d’établissements scolaires, donc du primaire, où ils sont à 20 par classe. Là, ils arriveraient à 30, donc impossible de faire la transition », souligne Violette Richard-Andrieux. Selon elle, cette hausse brutale des effectifs rendrait plus difficile l’accompagnement des élèves, notamment au moment où ils découvrent de nouvelles méthodes de travail, plusieurs enseignants, des emplois du temps plus complexes et un cadre scolaire différent.

Le niveau 4e est également au cœur des inquiétudes. Pour l’enseignante, il s’agit d’un moment charnière du cycle 4. « La 4e, c’est un moment où c’est vraiment l’approfondissement du cycle 4 et on est déjà sur une préparation du DNB de la 3e », rappelle-t-elle. Dans ces conditions, des classes proches de 29 élèves risqueraient, selon les personnels, de compliquer le suivi individuel et de fragiliser les apprentissages.
Au-delà des suppressions de classes, les enseignants dénoncent plus largement une baisse de moyens difficilement compréhensible. La perte de 100 heures dans la dotation horaire globale est perçue comme un recul important pour l’établissement. La dotation horaire globale, ou DHG, correspond aux moyens en heures attribués à un collège pour organiser les enseignements, les groupes, les options et certains dispositifs pédagogiques. Sa diminution peut donc avoir des conséquences directes sur la structure des classes, l’offre pédagogique et les conditions de travail des équipes.
Les personnels mobilisés estiment que la baisse démographique annoncée aurait pu être l’occasion d’améliorer les conditions d’apprentissage, en allégeant les effectifs par classe. Au lieu de cela, ils dénoncent une logique de réduction des moyens, qui risquerait d’aboutir à des classes plus chargées et à une organisation plus tendue pour les enseignants.
Une autre inquiétude porte sur la mise en place annoncée d’un nouveau dispositif au sein de l’établissement. Selon Violette Richard-Andrieux, l’administration souhaiterait ouvrir une UPS, une unité pédagogique spécialisée, destinée à accueillir des élèves issus de familles du voyage, qui sont soit non scolarisés, soit scolarisés mais qui, après le primaire, s’orientent plutôt vers le CNED.
« L’objectif, ce serait de les inclure dans nos classes, de donner 12 heures à une professeure des écoles pour qu’elle puisse les suivre 12 heures par semaine, et le reste du temps, ils seraient inclus dans les classes », explique l’enseignante. Pour les personnels mobilisés, ce dispositif peut représenter un enjeu important d’inclusion, mais il nécessiterait des moyens suffisants pour fonctionner correctement.
Les enseignants redoutent que cette inclusion se fasse sans les moyens nécessaires, dans des classes déjà chargées. « Cela veut dire aussi des problématiques particulières, une différenciation particulière », poursuit Violette Richard-Andrieux. Selon elle, l’établissement se retrouve dans une situation paradoxale : alors que de nouveaux besoins apparaissent, les moyens globaux diminuent. « On a vraiment l’impression de se faire avoir sur tous les tableaux », résume-t-elle.
La question des dérogations est également soulevée par les personnels. Le collège des Lentillères dispose notamment d’une section sport-études, qui attire des élèves venant d’autres secteurs. D’après l’enseignante, 14 dérogations de sportifs seraient actuellement en attente. D’autres auraient été refusées, selon elle, afin d’éviter de franchir un seuil qui obligerait l’administration à accorder davantage de moyens pour ouvrir une classe supplémentaire.
Pour les enseignants, cette situation renforce le sentiment d’un établissement sous tension, dont les besoins ne seraient pas suffisamment pris en compte. Ils craignent que les choix de répartition pour la rentrée 2026 ne dégradent les conditions d’accueil des élèves, tout en augmentant la charge de travail des personnels.
Cette mobilisation devant le rectorat visait donc à maintenir la pression pendant l’audience accordée à la délégation du collège. Les représentants de l’établissement espèrent obtenir des heures supplémentaires afin de permettre l’ouverture des classes supprimées et d’éviter des effectifs jugés trop élevés.
Depuis plusieurs mois, les personnels du collège des Lentillères défendent le même message : une baisse des moyens ne doit pas se traduire par une dégradation des conditions d’apprentissage. À travers cette mobilisation, ils demandent une école publique capable d’accueillir les élèves dans de bonnes conditions, avec des classes aux effectifs raisonnables et des moyens adaptés aux besoins réels du terrain.
À l’issue de cette audience, les enseignants attendent désormais des réponses concrètes de l’administration. Pour eux, l’enjeu dépasse la seule organisation interne du collège. Il s’agit de garantir un accompagnement de qualité aux élèves, en particulier sur des niveaux jugés déterminants, et de préserver des conditions de travail permettant aux équipes éducatives d’assurer pleinement leurs missions.


