Alors que la période des Marches des Fiertés s’ouvre partout en France, plusieurs organisations syndicales appellent à la mobilisation face à la multiplication des attaques contre les personnes LGBTI+. À Dijon, une marche est annoncée samedi 13 juin, à 14 heures, place Darcy. Ce rassemblement s’inscrit dans un contexte national et international marqué, selon les organisations, par une intensification des discours de haine, des agressions et des remises en cause des droits fondamentaux.
Dans leur communiqué, les organisations alertent sur une dégradation du climat visant les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans, intersexes et plus largement les minorités de genre et d’orientation sexuelle. Elles évoquent notamment les menaces pesant sur les financements des centres de santé et du planning familial, les agressions physiques, les campagnes de harcèlement à l’encontre des militant·es, ainsi que les tentatives d’interdiction de certaines Marches des Fiertés par des municipalités.
Les signataires dénoncent également l’ancrage des offensives contre les droits des personnes trans dans le débat parlementaire. Ils pointent en particulier l’adoption en première lecture, le 5 mai dernier, de la loi Rodwell, qu’ils considèrent comme une menace pour les personnes trans et étrangères. Selon eux, ce texte pourrait entraîner des obstructions administratives supplémentaires et un fichage systémique, aggravant la précarité de personnes déjà exposées aux discriminations.
Au-delà du cadre législatif, les organisations estiment que les discours de haine se banalisent. Elles mettent en cause les médias d’extrême droite, certains responsables politiques réactionnaires et des groupuscules conservateurs, accusés d’alimenter un climat de plus en plus hostile. Malgré les avancées obtenues ces dernières années, les inégalités persistent, notamment dans l’accès à l’emploi, au logement, aux droits reproductifs et à la filiation.
Le communiqué replace aussi cette mobilisation dans un contexte international contrasté. Les organisations rappellent que des victoires importantes ont été obtenues, notamment en Thaïlande ou au niveau européen, avec une décision de la Cour de justice de l’Union européenne contraignant la Pologne à reconnaître les unions LGBTI+ conclues dans d’autres pays de l’Union. Mais elles alertent dans le même temps sur des reculs jugés préoccupants dans plusieurs pays où s’installent des pouvoirs réactionnaires ou autoritaires, citant notamment les États-Unis ou le Sénégal, où les lois pénales se durcissent.
Les discriminations dans le monde du travail occupent une place centrale dans l’appel à mobilisation. Selon le rapport 2026 de SOS Homophobie cité par les organisations, la LGBTIphobie au travail demeure une réalité massive et représente le quatrième lieu de discrimination recensé. Les actes discriminatoires proviennent majoritairement de collègues, dans 63 % des cas, ou de supérieurs hiérarchiques, dans 49 % des cas. Ils prennent la forme de rejet ou d’ignorance, d’insultes, mais aussi de harcèlement.
Les organisations syndicales soulignent que ces violences ne sont pas sans conséquence sur la vie professionnelle et personnelle des victimes. Dès l’embauche et tout au long de leur carrière, les personnes LGBTI+ peuvent être scrutées, isolées ou discriminées. Les atteintes peuvent aller de prétendues « blagues » à des refus de promotion, des mutations subies, des ruptures de contrat ou des situations de précarisation forcée. Le communiqué rappelle également que 42 % des victimes témoignent d’un mal-être profond.
Pour les signataires, le respect de l’identité de genre et de l’orientation sexuelle ne relève ni d’un caprice ni d’une mode, mais d’un droit fondamental lié à la dignité humaine. Ils insistent sur la responsabilité des employeurs, qui ont l’obligation légale d’assurer la santé et la sécurité physique et mentale des travailleuses et travailleurs, mais aussi de sanctionner les actes discriminatoires.
Les organisations appellent à des mesures concrètes dans les entreprises et les administrations. Elles demandent notamment que les négociations annuelles obligatoires intègrent la lutte contre les discriminations, qu’un plan ambitieux de prévention et de lutte contre les LGBTIphobies soit mis en place dans la fonction publique, et que des outils effectifs de prévention et de suivi du harcèlement soient développés. Elles réclament également la formation obligatoire des salarié·es, des agent·es de la fonction publique, de l’encadrement et des directions afin de déconstruire les stéréotypes de genre.
Le communiqué insiste aussi sur la nécessité de respecter immédiatement le prénom et les pronoms d’usage dans toutes les entreprises et administrations. Les organisations demandent par ailleurs des mesures de protection pour les victimes, comme la prise en charge des frais d’avocats, la mise en place de procédures d’enquête types ou encore la protection fonctionnelle dans la fonction publique.
Les signataires établissent un lien direct entre la progression de l’extrême droite et la remise en cause des droits des personnes LGBTI+. Selon eux, lorsque l’extrême droite progresse, les droits de toutes et tous sont menacés. Ils accusent ces forces politiques d’exacerber les clivages afin de diviser les travailleuses et les travailleurs. Les organisations se disent particulièrement inquiètes pour les personnes LGBTI+ migrantes et demandent un droit d’asile effectif.
À Dijon, la marche prévue samedi 13 juin à 14 heures, place Darcy, se veut donc à la fois un rendez-vous de visibilité, de solidarité et de revendication. Les organisations syndicales appellent le monde du travail à participer aux rassemblements de soutien et aux différentes Marches des Fiertés. Face à ce qu’elles décrivent comme une montée des LGBTIphobies, elles entendent rappeler que la solidarité demeure leur principale force.
Le communiqué est signé par plusieurs organisations syndicales et professionnelles : la CGT, la FSU, le Syndicat des avocats de France, le Syndicat de la magistrature et l’Union syndicale Solidaires.
