Alors qu’un nouvel épisode de canicule touche la France en ce début d’été, l’Union syndicale Solidaires alerte sur les conditions de travail des salariés du privé et des agents de la fonction publique confrontés aux fortes chaleurs. Dans un communiqué publié à Paris le 22 juin 2026, l’organisation syndicale dénonce l’insuffisance des mesures prises par les pouvoirs publics et les employeurs, et appelle à faire valoir les droits existants tout en en gagnant de nouveaux.
Selon Solidaires, la France connaît son deuxième épisode de canicule alors que l’été vient tout juste de commencer. Quarante-neuf départements de métropole sont placés en vigilance rouge, avec des températures pouvant dépasser les 40 °C. Pour le syndicat, cette situation n’a rien d’une surprise : la multiplication et l’aggravation des épisodes de chaleur sont annoncées depuis des décennies. Solidaires juge donc irresponsable l’impréparation du gouvernement et du patronat face à un risque désormais bien identifié.
Dans ce contexte, l’organisation publie une fiche pratique intitulée « Il fait trop chaud au boulot, on fait quoi ? ». Ce document s’adresse aux salariés du secteur privé, aux agents de la fonction publique ainsi qu’à leurs représentants. L’objectif est de leur donner des outils pour réagir lorsque la chaleur met en danger la santé au travail. Solidaires y présente également une série de revendications immédiates pour faire face à la canicule en cours.
Le syndicat rappelle qu’un épisode de forte chaleur peut avoir des conséquences dramatiques. Il cite notamment le décès, lors de la canicule de mai, d’un ouvrier de 19 ans dans la Drôme. Celui-ci travaillait sur un toit, sans mesure particulière prise par l’employeur selon l’inspection du travail. D’après les éléments rapportés par Solidaires, la préfecture a indiqué que son décès était dû à une hyperthermie. Pour l’organisation, ce drame illustre la mise en danger de travailleurs exposés à la chaleur, en particulier dans les secteurs où l’activité physique, le travail en extérieur ou l’absence de protection renforcent les risques.
Face à ces situations, Solidaires affirme que le syndicalisme doit jouer un rôle de contre-pouvoir. L’organisation estime que les salariés et agents ne doivent pas rester seuls face aux décisions des employeurs ou des administrations lorsque les conditions de travail deviennent dangereuses. La fiche publiée par le syndicat vise ainsi à permettre aux travailleurs de mieux connaître leurs droits, de signaler les situations à risque et de faire pression pour obtenir des mesures de protection adaptées.
Solidaires met aussi en cause l’État, qu’elle accuse de manquer à ses devoirs dans plusieurs secteurs publics. L’Éducation nationale est particulièrement visée. Le syndicat estime que les mesures nécessaires pour adapter les bâtiments scolaires aux fortes chaleurs sont connues, notamment la rénovation écologique du bâti. Il rappelle avoir porté ces propositions avec l’Alliance écologique et sociale, qui a publié un rapport intitulé « L’école bien dans ses murs : pour une rénovation écologique du bâti scolaire ». Pour Solidaires, l’enjeu dépasse la seule période estivale : il s’agit à la fois d’améliorer les conditions de travail et d’apprentissage lorsqu’il fait chaud ou froid, tout en réalisant des économies d’énergie.
Les hôpitaux publics et les Ehpad sont également cités parmi les secteurs jugés insuffisamment préparés. Solidaires considère ces établissements comme structurellement inadaptés à des crises thermiques répétées. Le syndicat fait le lien avec la canicule de 2003, qui avait causé plus de 15 000 décès, en grande majorité parmi les personnes âgées et vulnérables. Pour l’organisation, les épisodes actuels montrent que les leçons n’ont pas été suffisamment tirées, malgré la connaissance des risques.
Le communiqué critique aussi une gestion jugée trop ponctuelle et inégalitaire. Solidaires dénonce une réponse « au cas par cas » du ministère, qu’elle considère comme génératrice d’inégalités entre territoires, établissements et personnels. L’organisation réclame un cadrage national avec des critères objectifs. Elle demande notamment que des règles claires permettent de décider du report des examens, de la fermeture des écoles et des établissements, ainsi que des autorisations d’absence pour les personnels vulnérables.
Sur le plan du droit du travail, le syndicat juge insuffisant le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025. Solidaires reproche au gouvernement de ne pas avoir fixé de températures maximales dans le Code du travail. L’organisation regrette également l’absence d’obligation de définir des seuils de température par secteur d’activité. Elle critique enfin le fait que l’inspection du travail ne puisse pas arrêter l’activité dans les situations de danger liées à la chaleur.
Pour répondre à l’urgence, Solidaires réclame des décisions plus contraignantes. L’organisation demande aux préfectures de prendre des arrêtés de suspension des travaux en extérieur pendant toute la période de vigilance rouge canicule. Cette revendication concerne en priorité le bâtiment et les travaux publics, mais aussi tous les autres secteurs où les salariés peuvent être fortement exposés aux températures extrêmes.
Au-delà des mesures immédiates, Solidaires replace la question des fortes chaleurs dans le cadre plus large de la crise climatique. Pour le syndicat, il ne suffit pas d’adapter les conditions de travail au coup par coup : il faut aussi sortir de l’inaction climatique. L’organisation appelle à associer les travailleurs et les travailleuses à la reconversion écologique de l’appareil productif et à la sortie des énergies fossiles.
Solidaires insiste enfin sur un principe : les salariés ne doivent pas payer le prix de cette transformation. Pour l’union syndicale, la protection contre les fortes chaleurs doit aller de pair avec une transition écologique juste, construite avec celles et ceux qui travaillent. En pleine vigilance rouge canicule, le communiqué se veut donc à la fois une alerte sanitaire, un appel à l’action syndicale et une revendication politique pour de nouveaux droits face aux conséquences du réchauffement climatique.
