La troisième Journée découverte des opportunités de marchés dans l’industrie de la défense s’est tenue jeudi 2 juillet à Bourogne, dans le Territoire de Belfort. L’événement vise à rapprocher les PME de Bourgogne-Franche-Comté des acheteurs publics et des grands donneurs d’ordre du secteur, dans un contexte de renforcement des capacités industrielles françaises.
À Bourogne, les entreprises de Bourgogne-Franche-Comté ont été invitées à regarder du côté de l’industrie de la défense. La Région et Grand Belfort Communauté d’Agglomération y ont organisé, jeudi 2 juillet, la troisième édition d’une journée consacrée aux opportunités offertes par ce secteur. L’objectif affiché était de faciliter l’accès des PME et des entreprises de taille intermédiaire à des marchés souvent considérés comme complexes et difficiles à intégrer.
La rencontre était organisée en partenariat avec la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat, l’Agence économique régionale de Bourgogne-Franche-Comté, l’Agence de développement économique Nord Franche-Comté et la French Tech Bourgogne-Franche-Comté. Elle s’est déroulée en présence de Jérôme Durain, président de la Région, de Damien Meslot, président du Grand Belfort et maire de Belfort, ainsi que de Cédric Perrin, sénateur du Territoire de Belfort et président de la commission sénatoriale chargée des questions de défense.
Des rencontres directes avec les acheteurs
Durant cette journée, les entreprises présentes ont pu échanger avec des acheteurs et de grands acteurs de l’industrie de défense. Des rendez-vous individuels devaient notamment leur permettre de présenter leurs compétences, leurs procédés industriels et les solutions susceptibles de répondre aux besoins des forces armées.
Pour les organisateurs, l’enjeu est de rendre plus lisibles les attentes d’un secteur soumis à des exigences particulières en matière de qualité, de sécurité, de délais et de capacité de production. Les interventions d’experts ont également porté sur les besoins émergents de la filière et sur les dispositifs d’accompagnement proposés aux entreprises qui souhaitent se positionner sur ces marchés.
L’événement a bénéficié du soutien de plusieurs institutions et organismes liés à la défense, parmi lesquels l’Agence de l’innovation de défense, la Direction générale de l’armement, le Secrétariat général pour l’administration du ministère des Armées et le 1er Régiment d’artillerie de Bourogne. Plusieurs pôles de compétitivité et réseaux économiques régionaux ont aussi participé à la rencontre.
Une possibilité de diversification pour l’industrie régionale
Cette ouverture vers les marchés de la défense est présentée comme une piste de diversification pour les entreprises de Bourgogne-Franche-Comté, notamment celles issues de filières industrielles en transformation. Le secteur automobile, particulièrement présent dans la région, est directement concerné. Certaines entreprises disposent déjà de compétences en mécanique, en électronique, dans les matériaux, l’énergie ou la mobilité qui pourraient être adaptées aux besoins militaires.
L’entrée sur ces marchés ne se limite toutefois pas à la fourniture d’équipements militaires complets. De nombreux sous-traitants peuvent intervenir dans la fabrication de pièces, le développement de logiciels, les systèmes électroniques, la maintenance, la logistique ou encore l’ingénierie. Les organisateurs souhaitent ainsi encourager les coopérations entre les activités civiles et militaires.
Cette stratégie intervient dans un contexte international marqué par la multiplication des tensions et par la volonté de la France de renforcer sa souveraineté industrielle. Les besoins portent à la fois sur l’innovation technologique et sur la capacité à produire plus rapidement et en plus grande quantité. Pour les collectivités, les entreprises régionales peuvent contribuer à cet effort tout en trouvant de nouveaux débouchés.
Une feuille de route dotée de 20 millions d’euros
La Région Bourgogne-Franche-Comté entend structurer davantage son action dans ce domaine. Elle a adopté une feuille de route consacrée à l’industrie de défense pour la période 2026-2030, dotée d’une enveloppe de 20 millions d’euros. Celle-ci doit notamment permettre de soutenir les entreprises et de réduire les obstacles rencontrés lors de leur entrée sur ces marchés.
La création d’un guichet unique à destination des PME et des entreprises de taille intermédiaire fait partie des mesures annoncées. Le dispositif doit les aider à identifier les bons interlocuteurs, à comprendre les procédures et à adapter leur organisation aux attentes des donneurs d’ordre.
La formation constitue un autre axe important de cette politique régionale. Selon le communiqué, six millions d’euros par an doivent être consacrés à la formation professionnelle afin de permettre aux entreprises locales de disposer des compétences nécessaires à une production en série, dans des délais réduits et avec des coûts maîtrisés.
La Bourgogne-Franche-Comté s’appuie déjà sur un tissu de plus de 400 sous-traitants et sur plusieurs sites stratégiques, comme la base aérienne 116 de Luxeuil ou le centre du Commissariat à l’énergie atomique de Valduc. La Région souhaite désormais mieux coordonner ces différentes forces et accroître la visibilité de son industrie dans la base industrielle et technologique de défense française.
Quatre cents participants annoncés
Le Grand Belfort voit également dans l’industrie de défense une possibilité de développement pour son territoire. Historiquement tourné vers l’industrie, le bassin belfortain accueille des groupes importants dans les domaines de la mobilité et de l’énergie, entourés d’un réseau de PME et de sous-traitants spécialisés.
Damien Meslot estime que la défense représente « une opportunité de diversification réelle et durable » pour les entreprises locales. Le président du Grand Belfort affirme que la collectivité doit faciliter les relations avec les grands donneurs d’ordre et permettre aux sociétés du territoire d’intégrer progressivement les chaînes de valeur du secteur. Selon lui, cette troisième édition a réuni 400 participants, un niveau de fréquentation qui témoignerait de l’intérêt croissant des industriels.
Pour Cédric Perrin, les conflits actuels obligent l’industrie française de défense à accélérer à la fois dans l’innovation et dans la production. Le sénateur défend un rapprochement accru entre les entreprises civiles et militaires. Il considère que cette évolution peut créer de nouvelles perspectives pour les ingénieurs, les techniciens et les ouvriers spécialisés, mais aussi pour les entreprises qui cherchent de nouveaux marchés.
À travers cette journée, les acteurs institutionnels veulent donc faire de la défense un levier de diversification, d’innovation et d’emploi. Reste, pour les entreprises intéressées, à franchir les nombreuses étapes nécessaires pour intégrer un secteur stratégique dont les exigences industrielles, réglementaires et financières restent particulièrement élevées.


