Un climat de forte tension sociale s’installe au sein du groupe de presse Ebra. Dans un communiqué commun, les organisations syndicales Filpac CGT, SNJ CGT, SNJ, CFDT, CFE-CGC et FO tirent la sonnette d’alarme face à ce qu’elles décrivent comme une tentative de « passage en force estival » de la direction. En ligne de mire : un projet de transformation aux contours encore flous, mais qui pourrait déboucher sur une restructuration majeure et des suppressions d’emplois.
Propriété du Crédit Mutuel depuis 2010, le groupe Ebra – qui rassemble plusieurs titres majeurs de la presse quotidienne régionale – pourrait engager, selon les syndicats, un plan social d’envergure à l’approche de l’été. Une hypothèse qui inquiète d’autant plus qu’elle interviendrait dans un calendrier jugé défavorable au dialogue social. D’après les éléments rapportés par les représentants du personnel, cette orientation serait ressortie de la tournée récente de la présidente du groupe, Sophie Gourmelen, dans les différentes rédactions, organisée en pleine période de vacances scolaires.
Le projet évoqué, qualifié de « plan de transformation », ne serait pas entièrement nouveau. Il s’inscrirait dans la continuité de travaux engagés sous la direction précédente de Philippe Carli. Toutefois, dénoncent les syndicats, ce plan ne devrait pas être présenté officiellement aux instances représentatives avant la mi-juin, « dans le meilleur des cas », réduisant ainsi considérablement le temps de concertation. Une méthode que les élus du personnel disent rejeter « d’ores et déjà ».
Dans leur communiqué, les organisations syndicales fustigent un calendrier « déplorable » et y voient une stratégie délibérée pour contourner un véritable dialogue social. Elles interpellent directement l’actionnaire, le Crédit Mutuel, en pointant un décalage entre les valeurs affichées par la banque mutualiste – « Ensemble, écouter et agir » – et la réalité vécue par les salariés des titres de presse. « Le Crédit Mutuel compte-t-il laisser faire l’exécutif d’Ebra sans filet et sans respect pour les salariés ? » interrogent-elles, dénonçant un manque de considération envers les équipes.
Au-delà des questions de méthode, les syndicats insistent sur les conséquences humaines de cette situation. Depuis près de dix-huit mois, les salariés évoluent dans un climat d’incertitude prolongée quant à leur avenir et celui de leur entreprise. Cette instabilité pèse lourdement sur leur santé mentale, alertent-ils, évoquant stress et angoisse généralisés. Ils dénoncent également l’incohérence d’un projet qui, après un an et demi d’attente, serait soumis à une négociation précipitée en seulement deux mois, et en pleine période estivale.
Les critiques portent aussi sur les choix stratégiques et financiers du groupe. Les syndicats pointent notamment le recours à un cabinet de conseil, chargé d’une étude jugée « complètement creuse » sur les lecteurs, tout en travaillant parallèlement à une refonte éditoriale des journaux. Ils rappellent qu’après le plan « Digital first » engagé il y a huit ans, une nouvelle transformation ne doit pas servir de prétexte à affaiblir davantage le print, qui représente encore aujourd’hui plus de 90 % des recettes liées à la diffusion.
Car derrière le terme de « transformation », les représentants du personnel redoutent avant tout un plan de réduction des coûts. Selon eux, celui-ci se traduirait par des suppressions de postes, en particulier dans les rédactions, ainsi que par une « rationalisation » des imprimeries, avec le soutien de financements publics. Une perspective qui alimente les craintes d’un affaiblissement durable du maillage territorial et de la qualité de l’information locale.
Face à ces enjeux, les syndicats affichent leur détermination. Ils affirment vouloir défendre l’emploi, les métiers, les conditions de travail, mais aussi une certaine conception de la presse de proximité. Ils appellent d’ores et déjà à une mobilisation collective dans les semaines à venir, estimant qu’un rapport de force sera nécessaire pour peser sur les décisions à venir et éviter que ce projet ne se transforme en « plan de casse sociale ».
Ce communiqué, daté du 27 avril 2026, marque ainsi une étape supplémentaire dans la montée des tensions au sein du groupe Ebra. Il laisse présager des semaines décisives pour l’avenir des salariés et des titres concernés, dans un contexte déjà fragile pour la presse régionale.

