La tension monte d’un cran au sein du groupe SNCF. Dans un communiqué commun particulièrement offensif publié le 6 mai 2026, les quatre principales organisations syndicales du secteur ferroviaire — CGT Cheminots, UNSA Ferroviaire, SUD-Rail et CFDT Cheminots — annoncent un appel unitaire à la grève nationale pour le mercredi 10 juin 2026.
Rarement les syndicats cheminots auront affiché une telle unité de ton et de stratégie. Après plusieurs semaines de concertation jugées infructueuses avec la direction du groupe ferroviaire, les fédérations déclarent vouloir « passer à l’offensive » et promettent un mouvement social d’ampleur nationale.
Dans leur texte, les syndicats dénoncent une dégradation profonde des conditions de travail au sein de la SNCF, qu’ils attribuent directement aux restructurations successives, aux politiques de filialisation et aux réorganisations internes imposées ces dernières années.
« Un état d’urgence » dans l’entreprise
Le communiqué dresse un tableau particulièrement alarmant de la situation sociale dans l’entreprise publique. Les organisations syndicales évoquent une multiplication des drames humains : accidents du travail, arrêts maladie, burn-out, souffrance psychologique et suicides.
Pour les syndicats, ces situations seraient la conséquence directe des transformations engagées au sein du groupe SNCF depuis plusieurs années. Ils accusent la direction d’imposer des restructurations permanentes, des suppressions de postes et une mobilité forcée qui fragiliseraient lourdement les salariés.
Les fédérations parlent même d’une « politique d’entreprise anxiogène » et affirment que les cheminots subissent une pression croissante dans tous les métiers du rail : maintenance, circulation, conduite, guichets, fret, fonctions administratives ou encore activités voyageurs. Selon elles, la logique de rentabilité imposée à la SNCF aurait progressivement remplacé la culture historique du service public ferroviaire.
La filialisation au cœur de la colère
L’un des principaux points de crispation concerne la poursuite de la filialisation du groupe SNCF. Les syndicats dénoncent ce qu’ils considèrent comme un démantèlement progressif de l’unité sociale de l’entreprise. Dans leur communiqué, ils accusent la direction de vouloir négocier séparément les conditions de travail et les accords sociaux selon les filiales et les sociétés anonymes du groupe. Une stratégie qu’ils jugent dangereuse pour les droits collectifs des salariés.
Les fédérations craignent notamment une remise en cause des accords historiques sur le temps de travail et des protections sociales des cheminots. Le nom de Jean Castex est directement cité. Les syndicats reprochent au PDG de la SNCF de vouloir accélérer la transformation du groupe en multipliant les structures et les entités autonomes. Pour les représentants du personnel, cette évolution risque d’aboutir à des « accords régressifs » et à une fragmentation des garanties sociales entre salariés d’un même groupe.
Des revendications salariales dans un contexte d’inflation
Au-delà des questions d’organisation interne, le pouvoir d’achat constitue l’autre grand moteur de la mobilisation. Les syndicats soulignent que l’inflation continue de peser lourdement sur les ménages, notamment à travers la hausse des prix de l’énergie et de la consommation courante. Ils estiment que les augmentations salariales proposées jusqu’ici par la direction restent largement insuffisantes face à la hausse du coût de la vie.
Le communiqué réclame donc l’ouverture immédiate de véritables négociations salariales à l’échelle du groupe SNCF. Les fédérations accusent également la direction d’exiger toujours plus de productivité des salariés sans compensation suffisante, alors même que les effectifs auraient été fortement réduits ces dernières années.
Vers un mouvement social très suivi ?
L’appel à la grève du 10 juin pourrait provoquer de fortes perturbations sur l’ensemble du réseau ferroviaire français. La mobilisation concerne potentiellement :
- les TGV,
- les TER,
- les trains Intercités,
- les lignes Transilien,
- le fret ferroviaire,
- ainsi qu’une partie des activités de maintenance et d’exploitation.
L’unité syndicale affichée constitue un signal fort. Historiquement, lorsque les quatre principales fédérations cheminotes agissent ensemble, les mouvements sociaux à la SNCF prennent souvent une ampleur nationale importante.
Les syndicats annoncent déjà vouloir inscrire cette journée dans un rapport de force durable avec la direction du groupe. Le ton employé dans le communiqué laisse entendre que le 10 juin pourrait n’être qu’une première étape d’une mobilisation plus large si aucune avancée n’est obtenue.
Une pression politique croissante
Cette annonce intervient dans un contexte social tendu en France autour des services publics et des grandes entreprises nationales. Le secteur ferroviaire reste particulièrement sensible depuis l’ouverture à la concurrence et les multiples réformes engagées au cours des dernières années. Les syndicats considèrent que ces transformations affaiblissent progressivement le modèle historique de la SNCF et dégradent les conditions de travail des agents.
En appelant les cheminots à « taper très fort » dès maintenant, les fédérations veulent clairement envoyer un message à la direction mais aussi au gouvernement. À un peu plus d’un mois de la date annoncée, la grève du 10 juin s’annonce déjà comme l’un des principaux rendez-vous sociaux du printemps 2026.
