La Région Bourgogne-Franche-Comté a officiellement signé, ce lundi à l’Hôtel de Région, la Charte d’Achat Local de la filière horticole et paysagère. Aux côtés des représentants régionaux du végétal et du paysage, la collectivité entend faire de l’approvisionnement local un levier central de sa politique d’aménagement, de transition écologique et de soutien à l’économie de proximité. Dans un contexte de réchauffement climatique, de tensions sur la ressource en eau et de transformation des villes et villages, cette charte marque une nouvelle étape dans la reconnaissance du végétal comme infrastructure essentielle des territoires.
La signature s’est tenue à Besançon en présence de Christian Morel, vice-président de la Région Bourgogne-Franche-Comté en charge de l’agriculture, de la viticulture et de l’agroalimentaire, de Simon Courbet, président de VERDIR Bourgogne-Franche-Comté, de Xavier Poillot, président de l’UNEP Bourgogne-Franche-Comté, de Margaux Morin, référente HORTIS Bourgogne-Franche-Comté, ainsi que de Xavier Bonnet, président de la Fédération Française du Paysage Auvergne-Rhône-Alpes–Bourgogne-Franche-Comté. Par cette signature commune, la Région et les organisations professionnelles de la filière affichent une ambition partagée : mieux relier les besoins des collectivités aux savoir-faire des producteurs, pépiniéristes, horticulteurs, paysagistes-concepteurs et entreprises du paysage implantés sur le territoire.
À travers cette charte, la Région souhaite encourager l’utilisation de végétaux produits localement dans les futurs aménagements publics. L’objectif n’est pas seulement économique. Il est aussi environnemental, paysager et social. En privilégiant des circuits courts, les collectivités peuvent réduire les distances de transport, soutenir des entreprises ancrées dans les territoires ruraux et urbains, et choisir des végétaux mieux adaptés aux conditions pédoclimatiques locales. Cette approche vise à améliorer la durabilité des plantations, à limiter les échecs de reprise et à construire des espaces publics plus résilients face aux épisodes de chaleur, de sécheresse ou de pluies intenses.
Cette démarche intervient alors que les communes de Bourgogne-Franche-Comté sont confrontées à des défis de plus en plus visibles. Les épisodes de canicule, les sols imperméabilisés, les îlots de chaleur urbains et les tensions hydriques modifient en profondeur la manière de concevoir l’aménagement public. Le végétal, longtemps considéré principalement sous l’angle décoratif ou esthétique, est désormais présenté comme un outil stratégique d’adaptation climatique. Arbres, haies, prairies, massifs, sols vivants et trames vertes participent à rafraîchir les espaces, à infiltrer l’eau, à favoriser la biodiversité et à améliorer la qualité de vie des habitants.
La Charte d’Achat Local entend donc changer le regard porté sur les espaces paysagers. Planter localement ne consiste pas seulement à embellir une place, une cour d’école, une entrée de ville ou un parc. Il s’agit de concevoir des aménagements capables de durer, de résister aux contraintes climatiques et de répondre à plusieurs enjeux à la fois : santé publique, confort thermique, gestion de l’eau, préservation des sols, biodiversité, attractivité des centres-bourgs et maintien d’emplois non délocalisables. La Région affirme ainsi que le végétal doit être pleinement intégré dans les politiques publiques d’aménagement, au même titre que les infrastructures classiques.

Les données mises en avant par la filière rappellent l’importance de cette orientation. Une végétalisation dense peut contribuer à réduire la température urbaine de 0,5 °C à 5 °C, selon les configurations, en limitant les effets d’accumulation de chaleur dans les zones minérales. Dans les cours d’école, les quartiers denses, les parkings ou les centres-villes, cette différence peut devenir déterminante lors des pics de chaleur. Les espaces végétalisés permettent également une meilleure infiltration des eaux de pluie, contribuent à prévenir certains risques d’inondation et favorisent la recharge naturelle des sols. Les prairies et forêts préservées peuvent aussi jouer un rôle majeur dans le stockage du carbone, renforçant encore l’intérêt de solutions fondées sur la nature.
L’autre enjeu central de cette charte concerne la commande publique. Les collectivités locales représentent un levier important pour structurer les filières, orienter les pratiques et soutenir des modes de production plus responsables. La charte vise à donner aux donneurs d’ordres une meilleure connaissance de l’offre régionale disponible en matière de végétaux et de prestations paysagères. Elle invite également à mobiliser les possibilités offertes par le Code de la commande publique pour intégrer des critères qualitatifs, environnementaux et de cycle de vie dans les achats publics. L’enjeu est de dépasser une logique uniquement fondée sur le prix d’achat initial pour prendre en compte la durabilité, l’entretien, la reprise des végétaux, l’adaptation au site et le coût global des aménagements.
Cette évolution est particulièrement importante dans un secteur où le choix des végétaux conditionne la réussite à long terme des projets. Une plante produite dans des conditions proches de celles du lieu de plantation peut présenter une meilleure capacité d’adaptation. Un projet conçu avec des professionnels connaissant les sols, les climats locaux et les contraintes d’entretien peut éviter des erreurs coûteuses. À l’inverse, des aménagements pensés sans tenir compte de ces paramètres peuvent entraîner des remplacements fréquents, des besoins accrus en arrosage ou des espaces rapidement dégradés. La charte défend donc une approche plus globale, où l’achat local devient un facteur de qualité, de sobriété et de performance publique.
Pour les professionnels de la filière, cette signature représente aussi une reconnaissance de leur rôle dans la transition écologique. En Bourgogne-Franche-Comté, la filière horticole, pépinière et paysage constitue un tissu économique important. Les entreprises du paysage rassemblent 1 340 entreprises et 4 300 salariés, pour un chiffre d’affaires de 305 millions d’euros. L’horticulture et la pépinière regroupent de leur côté 150 entreprises, 804 salariés équivalents temps plein, plus de 60 millions d’euros de chiffre d’affaires de production et 1 583 hectares de surfaces cultivées. Derrière ces chiffres, ce sont des exploitations, des ateliers, des équipes de terrain, des concepteurs et des savoir-faire locaux qui participent quotidiennement à transformer les espaces de vie.
La Région met en avant la nécessité de retenir davantage de valeur ajoutée sur son territoire. Dans un marché soumis à la concurrence nationale et internationale, l’achat local peut constituer un outil de consolidation économique. Il permet de soutenir des producteurs engagés dans des démarches de qualité, comme les certifications Plante Bleue, la marque Fleurs de France ou encore le label Végétal Local. Il contribue également à maintenir des emplois dans des zones parfois fragilisées, notamment en milieu rural, où les entreprises horticoles et paysagères participent à la vitalité économique locale.
Pour Jérôme Durain, président de la Région Bourgogne-Franche-Comté, cette charte traduit une volonté de conjuguer écologie et proximité. La Région défend une transition environnementale pensée non comme une contrainte, mais comme une opportunité pour valoriser les savoir-faire régionaux et adapter durablement le territoire aux défis climatiques. Cette orientation s’inscrit dans une logique de planification écologique, où les politiques agricoles, économiques, environnementales et d’aménagement doivent se renforcer mutuellement.
Simon Courbet, président de VERDIR Bourgogne-Franche-Comté, insiste pour sa part sur l’importance d’investir dans l’avenir des territoires en soutenant l’approvisionnement local en végétaux. Pour la filière horticole, choisir des producteurs régionaux, c’est renforcer la résilience des communes tout en préservant l’équilibre entre cadre de vie, santé et environnement. Cette vision rejoint les préoccupations croissantes des élus locaux, confrontés à la nécessité d’aménager des espaces publics plus frais, plus perméables et plus agréables à vivre.
Du côté des entreprises du paysage, Xavier Poillot, président de l’UNEP Bourgogne-Franche-Comté, souligne la dimension concrète de l’engagement. Produire, acheter et travailler localement apparaissent comme des gestes simples mais structurants, capables d’orienter durablement les pratiques. La charte vient ainsi formaliser une dynamique collective déjà portée par de nombreux professionnels, tout en donnant un cadre commun aux collectivités, aux concepteurs et aux entreprises.
La force de cette démarche réside dans son caractère interprofessionnel. HORTIS, VERDIR, l’UNEP, la Fédération Française du Paysage, VALHOR et la Région Bourgogne-Franche-Comté se retrouvent autour d’un même objectif : rapprocher les acteurs qui produisent, conçoivent, prescrivent, achètent et entretiennent le végétal. Cette coopération est essentielle, car un aménagement paysager réussi ne dépend pas uniquement du moment de la plantation. Il repose sur une chaîne complète : choix des espèces, connaissance du sol, qualité de la production, conception du projet, conditions de mise en œuvre, entretien, suivi dans le temps et capacité à anticiper les usages futurs.
La charte rappelle également que les collectivités ont un rôle moteur. En s’engageant dans une politique d’achat local, elles peuvent envoyer un signal fort au marché et encourager la structuration de filières régionales. Elles peuvent aussi améliorer la qualité de leurs projets en dialoguant plus tôt avec les professionnels, en intégrant les contraintes de saisonnalité et en adaptant leurs cahiers des charges. Pour les communes, intercommunalités, départements et autres acteurs publics, cette démarche peut permettre de mieux maîtriser les dépenses à long terme. Un aménagement bien conçu, avec des végétaux adaptés et un entretien anticipé, peut se révéler plus économique qu’un projet moins cher à l’achat mais plus coûteux dans la durée.

Cette logique du coût global constitue l’un des points importants de la charte. Elle invite à ne pas considérer le végétal comme une dépense isolée, mais comme un investissement dans la qualité des territoires. Un arbre planté aujourd’hui peut offrir de l’ombre pendant plusieurs décennies, réduire les besoins de rafraîchissement, améliorer le confort des piétons, favoriser la biodiversité, embellir l’espace public et contribuer à la santé mentale et physique des habitants. De même, la désimperméabilisation des sols peut limiter le ruissellement, réduire la pression sur les réseaux d’assainissement et rendre les espaces publics plus agréables.
La signature de cette charte intervient dans un contexte où les attentes citoyennes évoluent fortement. Les habitants demandent davantage de nature en ville, des espaces publics plus respirables, des cours d’école moins minérales, des centres-bourgs plus attractifs et des paysages mieux préservés. Dans les petites communes comme dans les agglomérations, la végétalisation devient un marqueur de qualité de vie. Elle répond à des enjeux très concrets : pouvoir marcher à l’ombre, disposer de lieux de fraîcheur, réduire la poussière, mieux absorber les pluies, créer des espaces de rencontre et renforcer le lien entre les habitants et leur environnement.
La Bourgogne-Franche-Comté dispose, avec cette charte, d’un outil pour faire converger ces attentes avec les capacités de sa filière régionale. Le document ne se limite pas à une déclaration d’intention. Il cherche à créer des réflexes nouveaux dans la commande publique et dans la conception des projets. Il encourage les collectivités à identifier l’offre locale, à dialoguer avec les professionnels, à intégrer les enjeux écologiques dès le départ et à valoriser les solutions adaptées au territoire. Cette approche peut contribuer à faire émerger des aménagements plus cohérents, plus durables et mieux acceptés par les habitants.
Au-delà de la signature officielle, l’enjeu sera désormais celui de la mise en œuvre. La réussite de la charte dépendra de sa capacité à être connue, comprise et utilisée par les collectivités. Elle devra se traduire dans les marchés publics, les cahiers des charges, les appels d’offres, les programmes d’aménagement et les pratiques d’entretien. Elle supposera également un travail d’accompagnement, de pédagogie et de mise en relation entre les acheteurs publics et les professionnels. Les collectivités devront pouvoir identifier les fournisseurs régionaux, comprendre les labels existants, anticiper les calendriers de production et adapter leurs projets aux réalités du vivant.
Cette étape est décisive, car le végétal obéit à des temporalités différentes de celles des travaux classiques. Une plante se cultive, se prépare, se choisit et se suit dans le temps. La disponibilité de certaines essences, la saison de plantation, les caractéristiques du sol ou les besoins en entretien doivent être pensés en amont. En favorisant une meilleure coordination entre les acteurs, la charte peut contribuer à réduire les décalages entre les ambitions des projets et les réalités de terrain.
La démarche portée par la Région s’inscrit aussi dans une réflexion plus large sur la responsabilité territoriale des entreprises. En soutenant les professionnels locaux, les donneurs d’ordres publics encouragent des pratiques qui bénéficient directement au territoire : maintien de l’emploi, transmission des savoir-faire, réduction des distances, adaptation aux conditions locales et participation à la transition écologique. L’achat local devient ainsi un acte d’aménagement autant qu’un acte économique.
En signant cette Charte d’Achat Local, la Bourgogne-Franche-Comté entend donc affirmer une conviction : la transition écologique ne peut réussir durablement que si elle s’appuie sur les ressources, les compétences et les entreprises des territoires. Le végétal, lorsqu’il est produit, conçu et entretenu localement, devient un outil de résilience, de cohésion et de développement. Face aux défis climatiques, il offre une réponse concrète, visible et immédiatement compréhensible par les habitants.
La charte ouvre ainsi une nouvelle étape pour la filière horticole et paysagère régionale. Elle reconnaît son rôle stratégique dans l’adaptation climatique, la qualité du cadre de vie et la vitalité économique. Elle invite les collectivités à faire du végétal local un réflexe dans leurs projets publics. Et elle rappelle, en filigrane, qu’un territoire plus durable se construit aussi par des choix d’achat, de plantation et d’entretien capables de relier l’écologie du quotidien à l’économie de proximité.
