L’Agence régionale de santé Bourgogne-Franche-Comté tenait ce mardi matin un point presse régional consacré à la situation sanitaire. Dans un contexte marqué par un épisode caniculaire de forte intensité, l’ARS a également présenté plusieurs chantiers structurants : accès aux soins, lutte contre les déserts médicaux, transformation de l’offre médico-sociale, prévention, santé mentale et santé des jeunes.
L’ARS Bourgogne-Franche-Comté a ouvert son point presse régional, ce mardi 23 juin 2026, par un point de situation sur l’épisode caniculaire en cours. La région est confrontée à une vague de chaleur de forte intensité, avec quatre départements placés en vigilance rouge et quatre autres en vigilance orange. Face à cette situation, l’agence indique assurer un suivi très étroit, en lien avec les préfectures, et insiste sur la mobilisation de l’ensemble des acteurs de santé.
Dans ce contexte, l’ARS appelle également à une vigilance collective au quotidien. Les personnes fragiles, les enfants, mais aussi l’ensemble de la population sont invités à adopter les bons réflexes face à la chaleur. Cet épisode caniculaire rappelle, selon l’agence, l’importance de l’organisation sanitaire territoriale, mais aussi de la prévention et de la solidarité de proximité.
Au-delà de l’urgence climatique du moment, l’accès aux soins demeure l’une des préoccupations centrales de l’ARS. La Bourgogne-Franche-Comté reste confrontée à des tensions en matière de démographie médicale, même si l’agence met en avant des signes d’amélioration. La densité médicale est ainsi passée de 275 médecins pour 100 000 habitants en 2015 à 292 en 2025. Les projections évoquées par l’ARS font état d’un potentiel de 340 médecins pour 100 000 habitants à l’horizon 2035.
Autre indicateur jugé encourageant : les primo-installations de médecins généralistes libéraux ont progressé de 13 % en 2025. L’ARS souligne également que 4 % des patients en affection de longue durée restent sans médecin traitant, un niveau présenté comme équivalent à la moyenne nationale. Pour l’agence, ces données ne suffisent pas à résoudre les difficultés d’accès aux soins, mais elles témoignent d’une dynamique à consolider.
La téléexpertise fait partie des outils mis en avant pour améliorer l’accès à la médecine de spécialité. En 2025, près de 40 000 actes de téléexpertise ont été réalisés dans la région, soit 14 avis rendus pour 1 000 habitants. Ce volume est en hausse de 45 % par rapport à 2024. Le dispositif concerne désormais 29 spécialités médicales, contre 20 l’année précédente. Pour l’ARS, ce levier permet d’apporter un appui aux professionnels de premier recours et d’éviter, lorsque cela est possible, des délais supplémentaires pour les patients.
L’agence a également présenté plusieurs dispositifs destinés à renforcer l’offre de proximité. Le programme « Un médecin près de chez vous » repose sur l’intervention ponctuelle de médecins volontaires dans des zones fragiles, avec un appui organisationnel et financier dans le cadre du pacte de lutte contre les déserts médicaux. En Bourgogne-Franche-Comté, 14 zones ont été sélectionnées et 11 lieux sont déjà opérationnels. L’ARS mentionne également l’ouverture d’un centre de « médecins solidaires » dans la Nièvre.
Autre axe de développement : les structures labellisées France Santé. Cette labellisation repose sur plusieurs critères, dont la présence d’un médecin et d’une infirmière, des consultations sans dépassement d’honoraires, une ouverture au moins cinq jours par semaine et une participation à la permanence des soins ou au service d’accès aux soins. La région comptait 99 Maisons France Santé fin 2025. L’objectif affiché est d’atteindre 260 structures labellisées en 2027.
L’arrivée des docteurs juniors en médecine générale est également présentée comme un levier important. À partir de novembre 2026, la quatrième année d’internat de médecine générale doit se traduire par quatre jours par semaine en cabinet, maison ou centre de santé. Environ 150 docteurs juniors sont attendus pour l’ensemble de la Bourgogne-Franche-Comté. L’ARS précise que plus de 80 % d’entre eux exerceront en zones sous-denses, ce qui doit contribuer à renforcer l’offre de soins dans les territoires les plus fragiles.
La formation constitue un autre pilier de la stratégie régionale. L’ARS met en avant la nécessité de former davantage de médecins, mais aussi de développer de nouveaux métiers, comme les infirmiers de pratique avancée. La région compte 227 infirmiers de pratique avancée, dont une majorité intervient dans le suivi des pathologies chroniques. L’agence évoque également la structuration de la filière odontologie, avec deux sites universitaires au CHU de Dijon et au CHU de Besançon, ainsi que trois sites supplémentaires à Trévenans, Nevers et Semur-en-Auxois pour accueillir des étudiants de sixième année sous supervision.
La modernisation des établissements de santé reste elle aussi un chantier majeur. Dans le cadre du Ségur de la Santé 2021-2030, 768 millions d’euros sont mobilisés en Bourgogne-Franche-Comté pour accompagner des opérations estimées aujourd’hui à 1,6 milliard d’euros. Au total, 106 projets structurants sont accompagnés, dont 43 dédiés à la réduction des inégalités de santé. L’ARS indique que 70 % de ces projets sont déjà dans une phase bien avancée. Un nouveau plan national d’investissement 2026-2035 prévoit par ailleurs une enveloppe de 250 millions d’euros sur dix ans pour la région.
Le point presse a également été l’occasion d’aborder la transformation de l’offre médico-sociale face au défi démographique. Dans le champ du handicap, l’ARS rappelle que 1 123 nouvelles solutions ont déjà été créées en Bourgogne-Franche-Comté depuis le lancement du programme national en 2024. Ces solutions concernent notamment la scolarisation, le repérage précoce, l’enfance et les adultes. L’objectif est d’atteindre 2 862 solutions à l’horizon 2029. Les priorités régionales identifiées dans le cadre de la Conférence nationale du handicap portent notamment sur la santé, les soins et les aides techniques, l’accès aux droits et aux démarches auprès des MDPH, ainsi que l’école inclusive.
Le vieillissement de la population constitue un autre défi majeur. Selon les données présentées par l’ARS, 97 600 personnes âgées en situation de perte d’autonomie vivaient en Bourgogne-Franche-Comté en 2021. Elles pourraient être 121 000 dans moins de vingt ans, soit une hausse de 24 % d’ici 2044. À plus long terme, près de 20 000 seniors supplémentaires pourraient être en perte d’autonomie d’ici 2055. L’agence indique qu’un travail diagnostique est en cours afin de préparer la région au pic démographique attendu.
L’ARS veut également renforcer le virage préventif du système de santé. Deux territoires, la Haute-Saône et la Nièvre, sont concernés par une expérimentation autour des compétences psychosociales dès le plus jeune âge. L’objectif est d’aider les enfants à mieux se connaître, à mieux vivre avec les autres et à mieux faire face aux situations de la vie. L’agence engage 560 000 euros dans cette expérimentation, qu’elle présente comme unique en France. Elle mobilise l’ensemble des environnements de vie des enfants : école, structures périscolaires, collectivités, associations, professionnels de santé, acteurs sociaux et familles.
La prévention passe aussi par une meilleure articulation entre dépistage, suivi et prise en charge. L’ARS met en avant la démarche de « responsabilité populationnelle », qui vise à organiser les parcours de soins autour des besoins de patients atteints de maladies chroniques, notamment l’insuffisance cardiaque et le diabète de type 2. Quatre territoires sont engagés : la Haute-Saône, le Nord Franche-Comté, la Nièvre et le Centre Franche-Comté. En Haute-Saône, les premiers résultats observés entre 2019 et 2024 pour la prise en charge du diabète montrent une baisse des admissions aux urgences, passées de 23 % à 7 %, ainsi qu’une réduction des séjours de plus de cinq jours en hospitalisation complète, de 29 % à 12 %.
Enfin, l’ARS a consacré une partie de son point presse à deux priorités régionales : la santé mentale et la santé des jeunes. Sur la santé mentale, l’agence entend agir à plusieurs niveaux, en renforçant la formation aux premiers secours en santé mentale, en consolidant l’offre de premier recours avec France Santé et le service d’accès aux soins psychologique, mais aussi en structurant une réponse régionale spécialisée en psychiatrie. Un centre de ressources régional doit permettre d’appuyer les zones en forte tension et de favoriser une plus grande équité d’accès aux soins. La mise en place d’un observatoire est également prévue.
Concernant la santé des jeunes, l’ARS annonce l’élaboration d’une feuille de route régionale d’ici la fin de l’année. Celle-ci doit permettre d’agir dès le plus jeune âge sur plusieurs dimensions : les 1 000 premiers jours, la santé environnementale, la prévention de l’obésité, l’exposition aux écrans ou encore la prévention des addictions. L’agence précise qu’un accent particulier est déjà mis sur la santé mentale des jeunes. Les Maisons des adolescents bénéficieront d’un million d’euros supplémentaires en 2026, en complément d’une enveloppe actuelle de 2,8 millions d’euros. Une déclinaison spécifique des premiers secours en santé mentale à destination des jeunes est également prévue.
À travers ce point presse, l’ARS Bourgogne-Franche-Comté a donc voulu dresser un panorama large de la situation sanitaire régionale. Entre réponse immédiate à la canicule, amélioration de l’accès aux soins, anticipation du vieillissement, transformation de l’offre médico-sociale et renforcement de la prévention, l’agence affirme vouloir agir à la fois sur les urgences du moment et sur les évolutions de long terme du système de santé régional.
