Un nouvel établissement de la Cité internationale de la gastronomie et du vin de Dijon vient d’être placé en redressement judiciaire. Après les déboires du groupe Épicure, la procédure ouverte cet été concernant le Village gastronomique et les difficultés du projet hôtelier, c’est désormais BAMAGOTCHI qui fait l’objet d’un appel d’offres en vue d’une cession. Une nouvelle procédure qui intervient alors que Dijon Métropole envisage toujours de racheter le Grand Hall pour en faire une porte d’entrée touristique des 23 communes. Pourtant, à quatre jours du conseil métropolitain du 24 septembre, aucune délibération spécifiquement consacrée à cette acquisition n’apparaît dans l’ordre du jour officiel.
La série des difficultés économiques se poursuit à la Cité internationale de la gastronomie et du vin. Le 15 septembre 2026, la société exploitant le BAMAGOTCHI a été placée en redressement judiciaire. Un appel d’offres en vue d’une cession du fonds de commerce a depuis été publié par la SELARL AJRS, sous la responsabilité de Maître Marlène Loiseau. La date limite pour la remise des offres est fixée au 25 septembre 2026 à midi, soit une échéance désormais particulièrement importante pour l’avenir commercial du site.
Derrière l’enseigne BAMAGOTCHI se trouve la société CITEGA, immatriculée au registre du commerce et des sociétés de Dijon sous le numéro 887 679 728. L’établissement est installé au 3 rue du Faubourg Raines, au sein même de la Cité de la gastronomie. Présenté comme un bar-brasserie mêlant bières locales, restauration, pizzas, cocktails et animations, il s’était installé sur le site dès le début de l’aventure commerciale de la Cité. La société est dirigée par Nicolas Sauvage.
Les chiffres publiés dans l’appel d’offres permettent de mesurer l’évolution de son activité. Au 30 septembre 2023, BAMAGOTCHI affichait un chiffre d’affaires de 1,176 million d’euros et un résultat net positif de 87 000 euros. Un an plus tard, son chiffre d’affaires était descendu à 1,062 million d’euros, pour un bénéfice ramené à 61 000 euros. Au 30 septembre 2025, le chiffre d’affaires avait encore reculé à 980 000 euros et l’entreprise enregistrait cette fois une perte nette de 27 000 euros. Huit salariés sont aujourd’hui concernés, dont sept en CDI et un en CDD. La société détient par ailleurs une licence IV.
Le redressement judiciaire ne signifie pas automatiquement la fermeture de BAMAGOTCHI. Cette procédure doit permettre d’examiner les possibilités de poursuite de l’activité, de redressement ou, le cas échéant, de cession. Mais la publication immédiate d’un appel d’offres montre qu’un scénario de reprise est déjà activement recherché. Les candidats doivent obtenir l’accès à la dataroom après signature d’un engagement de confidentialité et remettre leur proposition à l’administrateur judiciaire avant le 25 septembre à midi.
Une nouvelle procédure après celles d’Épicure
BAMAGOTCHI est loin d’être le premier établissement de la Cité à passer devant le tribunal de commerce. Le 1er avril 2025, La Table des Climats, Le Comptoir de la Cité et La Cave de la Cité, exploités dans le périmètre du groupe Épicure, avaient été placés en redressement judiciaire. La procédure avait notamment été présentée comme liée à une importante dette de loyers. Un an plus tard, le 10 avril 2026, le tribunal de commerce de Dijon prononçait leur liquidation judiciaire, entraînant la fermeture des trois établissements.
Ce précédent est important. La Table des Climats constituait l’une des vitrines gastronomiques du projet, Le Comptoir de la Cité occupait une position particulièrement visible à l’entrée du site et La Cave de la Cité devait incarner l’un des grands marqueurs œnologiques de l’ensemble. Leur disparition au printemps 2026 avait déjà profondément modifié l’offre commerciale imaginée lors de l’ouverture de la Cité en mai 2022.
Le projet hôtelier a lui aussi connu de sérieuses difficultés. La société NAOS MURS DIJON, liée au projet hôtelier dijonnais, avait été placée en redressement judiciaire le 10 septembre 2024 avant que la procédure ne soit convertie en liquidation judiciaire le 6 décembre suivant. Le projet d’hôtel attendu dans l’ensemble de la Cité n’a ainsi jamais pris la forme initialement envisagée.
Le Village gastronomique à son tour sous protection du tribunal
Puis l’été 2026 a marqué une nouvelle accélération. Le 25 août, la société Le Village de la Cité a été placée en redressement judiciaire. Une seconde vague est intervenue le 1er septembre, portant finalement la procédure à dix sociétés d’exploitation et une holding. L’appel d’offres publié par l’administrateur judiciaire fait état d’un effectif global de 44 salariés.
Cette procédure est particulièrement importante pour l’avenir du site car elle concerne une grande partie du Village gastronomique : boutiques alimentaires, espaces de restauration et activités qui constituent le cœur commercial de la Cité. Le Journal du Palais citait notamment Le Manège à Moutardes, La Gloriette, La Planche, Le Billot, L’Écaille, la cuisine expérientielle ainsi que Meurette & Persillé parmi les activités de cet ensemble.
Surtout, l’appel d’offres ne contraint pas un repreneur à reprendre tout le Village. Des offres peuvent être déposées sur une ou plusieurs sociétés seulement, avec possibilité de déspécialisation de certains fonds de commerce. Le foncier est expressément exclu de la procédure. Cela signifie que plusieurs opérateurs pourraient à terme se partager les différentes activités, ce qui pose la question du maintien d’une identité commerciale commune pour le Village gastronomique. Là encore, la date limite est fixée au 25 septembre à midi.
La situation de BAMAGOTCHI ajoute donc désormais un dossier supplémentaire. Juridiquement, l’établissement ne se confond pas avec les sociétés du Village gastronomique : il est exploité par CITEGA. Mais économiquement et géographiquement, il appartient bien au même écosystème de la Cité. En quelques mois, la fragilité s’est ainsi étendue à plusieurs composantes privées du site qui, lors de son lancement, étaient censées se compléter pour créer une destination gastronomique fonctionnant tout au long de la journée et de l’année.
Plusieurs enquêtes de Dijon Actualités avaient déjà documenté les difficultés
Depuis plusieurs mois, Dijon Actualités a consacré une série d’articles à la situation de la Cité. En avril 2025, le média revenait déjà sur le redressement judiciaire des établissements d’Épicure. À l’été 2026, les publications se sont multipliées : projet de rachat du Grand Hall, difficultés financières du Village gastronomique, pertes accumulées, recapitalisations, changements de dirigeants et d’actionnaires, puis placement du Village en redressement judiciaire.
Dijon Actualités a également publié, le 1er septembre, une enquête fondée sur plusieurs travaux réalisés dès 2023 et 2024 par le cabinet Algoé. Selon les éléments rapportés, ces analyses soulevaient déjà la question de la fragilité économique de certains propriétaires et exploitants, du manque de coordination entre acteurs et de la nécessité de réfléchir à une « refondation » du fonctionnement du site. Quelques jours plus tard, Dijon Actualités s’interrogeait sur un éventuel « plan à la découpe » avant de révéler que 44 salariés étaient concernés par l’appel d’offres visant le Village gastronomique.
Ces publications ne permettent évidemment pas de conclure que toutes les activités de la Cité rencontrent les mêmes difficultés. La partie culturelle continue notamment d’accueillir un public important. La Métropole indiquait cet été que près de 180 000 visiteurs avaient fréquenté les espaces culturels en 2025, ce qui ferait de la Cité le troisième site le plus fréquenté de Côte-d’Or selon les chiffres avancés par la collectivité. Mais la multiplication des procédures collectives dans le secteur privé du site fait apparaître un contraste de plus en plus marqué entre réussite culturelle revendiquée et fragilité commerciale.
Le Grand Hall, nouvelle pièce centrale du dossier
C’est dans ce contexte que Dijon Métropole a annoncé au début de l’été vouloir se porter acquéreur du Grand Hall. Le 8 juillet 2026, la collectivité indiquait que son Bureau métropolitain avait proposé cette acquisition au prix fixé par les services de l’État, France Domaine, à condition qu’un accord soit trouvé avec le propriétaire. Selon le communiqué diffusé à cette occasion, les maires des 23 communes de Dijon Métropole avaient approuvé à l’unanimité le principe de l’opération lors de la Conférence des maires.
L’objectif annoncé est de transformer le Grand Hall en une véritable porte d’entrée touristique de l’agglomération. Dijon Bourgogne Tourisme & Congrès pourrait y disposer d’un vaste espace destiné à présenter Dijon mais aussi les autres communes de la Métropole, leurs paysages, leurs producteurs, leurs événements, leurs itinéraires touristiques et, plus largement, l’offre viticole et gastronomique du territoire. La proximité immédiate du départ de la Route des Grands Crus constitue évidemment l’un des arguments avancés en faveur de cette nouvelle vocation.
Le montant définitif de l’opération n’a toutefois pas encore été officiellement arrêté dans une délibération publique portée à notre connaissance. Plusieurs articles de presse, dont Dijon Actualités, ont évoqué une valorisation d’environ 1,3 million d’euros, tout en rappelant que cette somme ne préjuge pas du coût des futurs aménagements ni du fonctionnement du bâtiment une fois entré, le cas échéant, dans le patrimoine public.
La proximité entre ce projet d’acquisition et les difficultés financières des exploitants privés nourrit naturellement le débat politique. Elle ne permet cependant pas d’affirmer que la Métropole rachèterait le Grand Hall pour éponger les difficultés des sociétés privées : les éléments publics disponibles ne démontrent pas un tel mécanisme. La collectivité défend de son côté une logique touristique et métropolitaine, tandis que des élus d’opposition demandent davantage de précisions sur le prix, les travaux à venir, le modèle économique et les futures dépenses de fonctionnement.
Mais le rachat du Grand Hall n’est pas inscrit comme tel au conseil métropolitain du 24 septembre
Un élément nouveau mérite désormais d’être relevé. Le prochain conseil métropolitain de Dijon Métropole est programmé jeudi 24 septembre 2026. L’ordre du jour officiel transmis aux élus comporte 40 points.
Or, aucune délibération explicitement consacrée à « l’acquisition du Grand Hall », au « rachat du Grand Hall » ou à l’acquisition d’un bâtiment de la Cité internationale de la gastronomie et du vin n’apparaît dans la rubrique « Développement économique et attractivité ». Celle-ci comprend notamment des dossiers relatifs à l’Université Bourgogne Europe, au campus Maret, à la société D3B et à différents parcs d’activités, mais aucune mention du Grand Hall.
Même constat dans la partie « Culture et sports », qui ne comporte que deux dossiers consacrés respectivement au rapport d’activité du concessionnaire de la Piscine olympique, du Carrousel et de la salle d’escalade, puis au rapport d’activité du Zénith. L’ordre du jour se termine ensuite par un rapport sur les délégations du président. Là encore, aucune délibération dédiée au Grand Hall n’est annoncée.
Cette absence est d’autant plus notable que le calendrier est extrêmement serré. Le conseil métropolitain se tiendra le 24 septembre, tandis que les offres de reprise concernant aussi bien le Village gastronomique que BAMAGOTCHI doivent être remises le lendemain, 25 septembre à midi. Deux dossiers distincts, mais qui vont contribuer presque simultanément à redessiner l’avenir de la partie commerciale de la Cité.
Il faut toutefois rester prudent sur la portée de cette absence. Le fait que le rachat du Grand Hall ne figure pas comme délibération spécifique à l’ordre du jour du 24 septembre ne signifie pas nécessairement que le projet est abandonné. Une acquisition pourrait être présentée lors d’une séance ultérieure si les négociations ne sont pas achevées, ou suivre une autre séquence administrative selon les compétences et délégations existantes.
Une Cité qui entre dans une phase décisive
Quatre ans après son inauguration, la Cité internationale de la gastronomie et du vin aborde donc une période particulièrement délicate. Le projet demeure un équipement culturel et touristique majeur pour Dijon : il occupe 6,5 hectares sur l’ancien site de l’hôpital général et avait été conçu comme un ensemble mêlant culture, gastronomie, vin, restauration, commerce, formation, cinéma, hébergement et logements. La Métropole rappelle qu’environ 250 millions d’euros d’investissements privés avaient été annoncés autour du projet d’ensemble.
Mais le modèle commercial initial a été profondément bouleversé. L’hôtel prévu n’a pas ouvert dans les conditions initialement envisagées. Ferrandi a quitté les locaux qu’elle occupait à la Cité. Trois établissements emblématiques du groupe Épicure ont été liquidés. Le Village gastronomique et plusieurs de ses sociétés sont en redressement judiciaire. Et désormais BAMAGOTCHI, exploité par une société juridiquement distincte, rejoint à son tour la liste des entreprises placées sous la protection du tribunal de commerce.
Le 25 septembre 2026 s’annonce donc comme une première date de vérité. Combien de candidats déposeront une offre pour le Village gastronomique ? Un investisseur cherchera-t-il à conserver un ensemble cohérent ou plusieurs repreneurs se partageront-ils les fonds de commerce ? BAMAGOTCHI trouvera-t-il son propre repreneur ? Combien des emplois concernés pourront être préservés ? À ces interrogations économiques s’en ajoute désormais une autre, éminemment politique : quand et dans quelles conditions Dijon Métropole présentera-t-elle aux élus le dossier définitif du Grand Hall ?
À mesure que les procédures judiciaires s’accumulent, le sujet dépasse désormais le sort d’un restaurant, d’un commerce ou d’un exploitant. C’est la configuration future de toute la partie privée de la Cité qui est en train de se jouer. Entre recherche de repreneurs, recomposition du Village, projet d’intervention publique sur le Grand Hall et nécessité de préserver l’attractivité culturelle du lieu, la Cité internationale de la gastronomie et du vin arrive sans doute à l’un des tournants les plus importants depuis son ouverture en 2022.