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Face à la hausse du prix des carburants, le collectif « Infirmiers libéraux en colère » alerte sur les conséquences économiques qui pèsent sur les professionnels du domicile. Dans un communiqué publié le 19 septembre 2026, la coordination nationale réclame notamment une revalorisation de l’indemnité de déplacement à 3,50 euros et son indexation sur le prix des carburants. Pour le collectif, au-delà des revenus des soignants, c’est l’avenir même du maintien à domicile qui est en jeu.

Pour les infirmiers libéraux, la voiture n’est pas un simple moyen de transport. Elle constitue l’un de leurs principaux outils de travail. Chaque jour, des milliers de professionnels parcourent plusieurs dizaines de kilomètres pour assurer des soins directement au domicile de leurs patients. Une organisation qui devient, selon le collectif « Infirmiers libéraux en colère », de plus en plus difficile à supporter financièrement avec la hausse du prix des carburants.

Dans son communiqué du 19 septembre, la coordination nationale met en avant un constat qu’elle juge devenu intenable. Elle évoque un gazole à 2,39 euros le litre et une essence à 2,17 euros, alors que l’indemnité perçue pour certains déplacements reste, selon elle, fixée à 2,75 euros.

« Notre voiture n’est pas un moyen de nous rendre au travail : c’est notre outil de travail », insiste le collectif. Les infirmiers libéraux rappellent qu’ils doivent financer eux-mêmes le carburant, mais également l’assurance, l’entretien et l’usure de leur véhicule.

Des charges difficiles à répercuter

Contrairement à d’autres professions indépendantes, les infirmiers libéraux ne peuvent pas librement augmenter leurs tarifs pour absorber une hausse de leurs dépenses professionnelles. Leurs actes et leurs indemnités sont encadrés par les conventions et les tarifs de l’Assurance maladie.

Pour le collectif, cette situation signifie que l’augmentation des frais liés aux déplacements est directement supportée par les professionnels.

« Nous ne pouvons pas augmenter nos tarifs. Nous ne voulons pas répercuter nos charges sur vous, alors nous absorbons en silence, depuis des années », écrivent les infirmiers dans leur communiqué.

Une situation qui, selon eux, atteint désormais ses limites.

Mais derrière la question du carburant, le collectif souhaite surtout mettre en avant une conséquence plus large : celle de l’accès aux soins à domicile. Car chaque déplacement correspond à une intervention auprès d’un patient. Une toilette, un pansement, une injection, une surveillance ou encore un accompagnement régulier auprès d’une personne âgée ou dépendante.

Pour les infirmiers mobilisés, réduire la capacité des professionnels à se déplacer reviendrait donc à fragiliser directement le maintien à domicile.

« Derrière chaque kilomètre, il y a quelqu’un »

Le collectif insiste particulièrement sur cette dimension humaine. « Derrière chaque kilomètre, il y a quelqu’un », rappelle-t-il.

Certains patients, notamment les personnes âgées, isolées ou en perte d’autonomie, dépendent quotidiennement du passage d’un professionnel de santé. Dans certaines zones rurales ou périurbaines, les distances parcourues peuvent également être importantes et représenter une part significative de la journée de travail.

Les infirmiers libéraux craignent ainsi qu’une hausse continue du coût des déplacements conduise progressivement certains professionnels à limiter les secteurs dans lesquels ils interviennent ou à rencontrer davantage de difficultés pour assurer certaines tournées.

Le collectif établit également un lien direct avec la situation des établissements hospitaliers. Si les soins ne peuvent plus être assurés dans de bonnes conditions au domicile, davantage de patients pourraient, selon lui, être orientés vers des structures de santé déjà fortement sollicitées.

Pour « Infirmiers libéraux en colère », la question ne concerne donc pas uniquement la rémunération d’une profession, mais plus largement l’organisation du système de santé et la capacité à maintenir les patients chez eux.

Une indemnité de déplacement à 3,50 euros réclamée

Face à cette situation, la coordination nationale formule plusieurs revendications. La principale concerne l’indemnité de déplacement. Les infirmiers réclament son passage à 3,50 euros, ainsi qu’une indexation automatique sur le prix du carburant afin d’éviter que son montant ne se retrouve régulièrement déconnecté des dépenses réellement engagées.

Le collectif demande également que les soignants intervenant au domicile puissent bénéficier d’un accès prioritaire aux stations-service en cas de pénurie ou de fortes tensions sur l’approvisionnement en carburant.

Enfin, il réclame l’application immédiate des revalorisations annoncées pour la profession, sans attendre le 6 novembre 2026.

« Nous ne demandons pas une aide. Nous demandons qu’on nous rembourse ce que nous avançons pour aller soigner », résume la coordination nationale.

Les aides à domicile également concernées

Le mouvement entend toutefois dépasser le seul cadre des infirmiers libéraux. Dans son communiqué, le collectif adresse également un message aux auxiliaires de vie et aux aides à domicile, qui utilisent elles aussi quotidiennement leur véhicule pour intervenir auprès de personnes âgées, malades ou dépendantes.

Ces professionnels sont confrontés aux mêmes hausses du prix du carburant et peuvent parfois parcourir de nombreux kilomètres au cours d’une même journée.

Pour le collectif, la problématique des déplacements doit donc être envisagée à l’échelle de l’ensemble des métiers du domicile. Tous participent au maintien des personnes fragiles chez elles et sont dépendants, dans une grande partie du territoire, de leur véhicule.

Les étudiants en soins infirmiers sont également cités. La coordination dénonce les frais de déplacement qu’ils peuvent avoir à supporter pendant leurs périodes de stage, pour des indemnisations qu’elle juge insuffisantes.

Le collectif estime que ces contraintes financières participent plus largement aux difficultés d’attractivité rencontrées par les métiers du soin.

Un appel à la mobilisation

Avec ce communiqué, « Infirmiers libéraux en colère » cherche désormais à fédérer les différents professionnels concernés. « Le domicile ne tiendra que si nous tenons ensemble », affirme la coordination nationale, qui appelle infirmiers, aides à domicile, auxiliaires de vie et étudiants à se mobiliser autour de la question des déplacements professionnels.

Le collectif adresse également une invitation aux candidats à la prochaine élection présidentielle : passer une journée complète aux côtés d’un professionnel du domicile afin de découvrir concrètement les conditions dans lesquelles les tournées sont réalisées.

Une journée faite de kilomètres, de passages chez les patients et de dépenses à la pompe.

À travers cette initiative, les infirmiers souhaitent ramener la question du soin à domicile dans le débat public et rappeler une réalité souvent invisible pour les patients : avant d’entrer dans une maison pour réaliser un soin, il faut encore pouvoir financer le trajet pour y parvenir.

Pour le collectif, le message est désormais clair : la hausse du carburant n’est plus seulement une question de pouvoir d’achat pour les soignants. Elle pourrait, à terme, devenir une question d’accès aux soins pour les patients.

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