Le chantier s’annonce sans précédent. Selon des informations confirmées par plusieurs sources proches de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public, le député Charles Alloncle a achevé un rapport particulièrement ambitieux, qui pourrait profondément transformer l’organisation et les missions du service public audiovisuel en France. Derrière une logique affichée de rationalisation budgétaire et de clarification éditoriale, ce document propose une série de mesures structurantes allant de la suppression de chaînes à la réforme de la gouvernance, en passant par une redéfinition des priorités culturelles et informationnelles.
Dès les premières lignes, le rapport s’attaque à l’architecture même du paysage télévisuel public. Il préconise ainsi de fusionner France 2 et France 5, deux chaînes aux identités pourtant distinctes mais dont les missions sont jugées en partie redondantes. Cette fusion viserait à concentrer les moyens sur une offre plus lisible et plus compétitive. Dans la même logique, la chaîne d’information en continu franceinfo serait rapprochée de France 24, afin de mutualiser les ressources entre information nationale et internationale et de renforcer la visibilité de la voix française à l’étranger. Plus radical encore, le rapport propose la suppression de France 4, chaîne historiquement dédiée à la jeunesse et à la culture, dont les contenus pourraient être redéployés sur d’autres supports, notamment numériques.
Le secteur radiophonique n’échappe pas à cette logique de rationalisation. Le rapport recommande la suppression de Mouv’, station du groupe Radio France orientée vers les cultures urbaines et le hip-hop. Une décision qui, si elle était entérinée, marquerait un recul de la représentation de ces courants dans le service public. Plus sensible encore, la proposition de supprimer l’un des deux orchestres de Radio France suscite déjà des inquiétudes dans le monde artistique. L’institution, qui abrite aujourd’hui deux orchestres symphoniques ainsi qu’un chœur et une maîtrise, constitue un pilier de la vie musicale française. Réduire cet ensemble reviendrait à redéfinir en profondeur le rôle culturel de la radio publique.
Au-delà des structures, le rapport de Charles Alloncle entend également agir sur les pratiques et les principes encadrant les professionnels du secteur. Il propose d’introduire dans les contrats de travail des salariés susceptibles de s’exprimer publiquement une obligation de neutralité et d’impartialité, qui s’étendrait à leurs prises de parole en dehors de leurs fonctions dès lors qu’elles sont publiques. Cette mesure, présentée comme un moyen de garantir la crédibilité du service public, relance toutefois le débat sur la liberté d’expression des journalistes et des personnalités médiatiques.
La question de la gouvernance constitue un autre volet central du rapport. Le député recommande de revenir à un mode de nomination des dirigeants de l’audiovisuel public par le président de la République, après avis du Parlement et validation de l’Arcom. Ce changement marquerait une rupture avec les mécanismes actuels visant à garantir une certaine indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif. Pour ses partisans, il s’agit de rétablir une forme de responsabilité politique ; pour ses détracteurs, le risque d’ingérence est évident.
Mais c’est sans doute sur le terrain budgétaire que le rapport affiche ses ambitions les plus spectaculaires. L’ensemble des mesures proposées vise à dégager plus d’un milliard d’euros d’économies, soit environ un quart des financements publics alloués au secteur. Pour y parvenir, Charles Alloncle cible notamment les dépenses liées aux programmes de divertissement et aux retransmissions sportives. Le budget des jeux et divertissements serait ainsi réduit de trois quarts, générant plus de 120 millions d’euros d’économies, tandis que celui consacré aux sports serait amputé d’un tiers, pour un gain supplémentaire estimé à 50 millions d’euros. Ces choix traduisent une volonté de recentrer le service public sur ses missions jugées essentielles, au détriment de contenus plus populaires mais coûteux.
Les sommes économisées seraient redéployées vers d’autres priorités nationales. Le rapport propose notamment de doubler le budget consacré à l’entretien du patrimoine, tout en contribuant au désendettement de l’État. Une orientation qui inscrit la réforme de l’audiovisuel public dans une stratégie budgétaire plus large, dépassant le seul cadre médiatique.
À ce stade, le rapport n’a pas encore été officiellement rendu public. Les informations disponibles proviennent de fuites relayées par plusieurs médias et agences de presse. Sa publication devrait intervenir prochainement sur le site de l’Assemblée nationale, où il pourra être consulté dans son intégralité. En attendant, ces premières révélations suffisent à ouvrir un débat d’ampleur sur l’avenir du service public audiovisuel. Entre impératifs économiques, enjeux démocratiques et ambitions culturelles, les propositions du rapport Alloncle dessinent les contours d’une transformation profonde, dont les conséquences pourraient se faire sentir durablement dans le paysage médiatique français.
