Ce dimanche 26 avril 2026, à midi, Dijon a une nouvelle fois affirmé son statut de capitale internationale de la vigne et du vin. À l’angle des rues Henri Dunant, René Cassin et Croix des Valendons, François Rebsamen, président de Dijon métropole et ancien ministre, accompagné de Nathalie Koenders, maire de Dijon et première vice-présidente de la métropole, a inauguré la plantation du Clos Pau Roca.
À leurs côtés se trouvaient Yvette van der Merwe, présidente de l’Organisation internationale de la vigne et du vin, ainsi que John Barker. L’événement s’est déroulé en présence de la famille de Pau Roca, figure majeure du monde vitivinicole, décédé le 7 décembre 2023 à Dijon à l’âge de 65 ans.
Ce nouveau vignoble de 20 ares, implanté en appellation AOC Bourgogne, sera exploité par Jean-Luc Theuret, vigneron du Domaine du Tumulus et acteur engagé de la renaissance viticole métropolitaine. Bien plus qu’une simple plantation, cette inauguration constitue un hommage vivant à celui qui fut l’un des grands artisans du rayonnement international de la filière.
Pau Roca, un artisan de la diplomatie du vin
Ancien directeur général de l’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV) entre 2019 et 2023, Pau Roca a profondément marqué son époque. Délégué espagnol de longue date, il avait auparavant présidé le groupe d’experts « Droit et information des consommateurs » et occupé des responsabilités clés sur les questions de développement durable.
Fort d’une expérience de plus de vingt ans à la tête de la Fédération espagnole des vins, cet expert polyglotte maîtrisait les enjeux mondiaux du secteur. Il s’était également distingué par son engagement en faveur de la digitalisation et par sa volonté de renforcer les liens entre l’OIV et les grandes institutions internationales comme l’OMC, la FAO ou encore l’OCDE.
Mais son héritage le plus visible à Dijon reste sans doute le transfert du siège de l’OIV de Paris vers la capitale bourguignonne, concrétisé en 2021. Une décision stratégique, votée à l’unanimité des États membres, qui a fait de Dijon un centre diplomatique incontournable du vin.

François Rebsamen : un discours d’hommage, entre mémoire intime et vision internationale
Prenant la parole, François Rebsamen a tenu à replacer cette inauguration dans une continuité mémorielle et politique forte. « Nous sommes réunis à nouveau ce matin autour de la mémoire de Pau Roca, Directeur général de la prestigieuse Organisation Internationale de la Vigne et du Vin de 2019 à 2023, décédé le 7 décembre 2023 alors qu’il était encore en fonctions. » Dès l’ouverture, le ton est solennel. Le président de Dijon métropole insiste sur la reconnaissance durable que la ville entend lui porter : « Je tiens d‘emblée à exprimer l’indéfectible reconnaissance que la Ville et la Métropole de Dijon lui porteront à jamais. »
Dans une intervention dense, il développe longuement l’importance de l’action de Pau Roca, en particulier son rôle décisif dans le transfert du siège de l’OIV à Dijon. « Pau ROCA aura été l’instigateur du déménagement du siège de l’OIV de Paris à Dijon en 2021, décision votée à l’unanimité de ses pays membres. » Reprenant une idée centrale du défunt directeur général, François Rebsamen rappelle : « Parce que le vin est indissociable de la géographie, Pau était convaincu de la nécessité de rapprocher l’OIV du terroir. Et quel terroir quand on songe à la Bourgogne ! »
Une vision concrétisée à Dijon
Le discours met également en lumière l’aboutissement d’une ambition portée par Pau Roca : faire du siège de l’OIV un lieu vivant et symbolique. « Son voeu professionnel le plus cher était […] que le siège définitif de l’OIV ne reste pas simplement des bureaux pour un secrétariat, mais devienne la Maison internationale du monde de la vigne et du vin. » Pour François Rebsamen, cette vision a trouvé sa concrétisation dans la réhabilitation de l’hôtel Bouchu d’Esterno, devenu siège de l’organisation. « C’est désormais la maison qu’il avait souhaitée pour votre grande organisation, comme Dijon est devenue sa maison. »
Le Clos Pau Roca : un symbole enraciné
Le président de la métropole insiste longuement sur le choix du lieu, soulignant qu’il ne doit rien au hasard. « Cette parcelle, nous ne l’avons pas identifiée par hasard. » Située dans le périmètre des Climats de Bourgogne classés à l’UNESCO et en zone AOC, elle s’inscrit dans une dynamique plus large de renaissance du vignoble dijonnais. « Elle est vouée à évoluer en AOC Bourgogne-Dijon […] ce n’est plus qu’une question de mois… » À travers ce projet, Dijon réaffirme sa volonté de renouer avec son histoire viticole, largement effacée au fil des siècles.

Une dimension diplomatique affirmée
Dans un passage particulièrement développé, François Rebsamen élargit son propos à la place nouvelle de Dijon sur la scène internationale. Il annonce ainsi l’attribution du label « Patrimoine de la diplomatie » à l’hôtel Bouchu d’Esterno, aux côtés de sites emblématiques comme Chambord ou le Quai d’Orsay. « Avec le transfert du siège de “l’ONU du vin” au cœur de notre cité, Dijon est devenue une vitrine mondiale du patrimoine vitivinicole […] mais également une ville diplomatique. » Une transformation majeure pour la ville, qui accueille pour la première fois de son histoire une organisation internationale.
Un hommage profondément personnel
Dans les dernières minutes de son discours, François Rebsamen adopte un ton plus intime, s’adressant directement à la famille de Pau Roca. « Il est rare qu’un homme […] fasse à ce point l’unanimité […] ses amis, ses collaborateurs et même ses concurrents lui ont toujours reconnu une élégance, une intelligence rare et surtout une vision. » Puis, dans une déclaration simple mais forte : « Pau était devenu mon ami. Il le demeure à travers sa présence ancrée à jamais dans notre ville, dans notre terre et son histoire. »
Nathalie Koenders : un discours entre ancrage local, pédagogie et apaisement
Dans un contexte marqué par la présence de quelques opposants, la prise de parole de Nathalie Koenders était particulièrement attendue. La maire de Dijon a choisi une ligne claire : expliquer, rassurer et inscrire le projet du Clos Pau Roca dans une vision territoriale cohérente. Dès les premières phrases, elle pose le décor, en rappelant que ce projet ne surgit pas de nulle part mais s’inscrit dans une réalité historique et paysagère profondément ancrée. « Il existe déjà ici un vignoble de 20 ares, au cœur d’un paysage profondément marqué par la vigne, tant par son histoire que par son identité. »
Par cette introduction, elle entend reconnecter les habitants avec une mémoire locale parfois oubliée : celle d’un Dijon viticole, longtemps éclipsé mais jamais totalement disparu.
Un territoire viticole vivant et structuré
La maire développe ensuite une lecture géographique du site, situant précisément le Clos Pau Roca dans un ensemble plus large. « À ma droite, se trouve le vignoble des Valendons de Dijon […] À ma gauche, le vignoble de Montrecul, unique vignoble dijonnais qui n’a jamais cessé d’être exploité. » À travers cette description, elle met en évidence la continuité viticole du territoire, loin de l’image d’un projet isolé. Elle insiste également sur la présence de vignerons reconnus, implantés sur des appellations prestigieuses, soulignant ainsi la crédibilité et la légitimité du renouveau engagé. Elle prend le soin de saluer les acteurs locaux, notamment François Chapuis et la société de secours mutuel Saint-Vincent, rappelant le rôle structurant de ces institutions dans la vie viticole dijonnaise.
La renaissance d’une tradition populaire
Dans une dimension plus culturelle, Nathalie Koenders évoque la Saint-Vincent de Dijon, devenue un événement emblématique. « La Saint-Vincent de Dijon […] est aujourd’hui un grand moment populaire. » Elle y voit le signe d’un renouveau collectif, d’une réappropriation par les habitants de leur histoire viticole. Ce passage du discours élargit le propos : il ne s’agit pas seulement de planter des vignes, mais de recréer du lien entre un territoire, ses traditions et sa population.
Un dialogue revendiqué avec les habitants
Consciente des tensions locales, la maire insiste longuement sur la concertation menée depuis l’origine du projet. « La création du Clos Pau Roca est le fruit de rencontres et d’échanges. » Elle rappelle les étapes clés : la cérémonie de 2024, puis la réunion publique d’avril 2025, au cours de laquelle le calendrier de plantation et les modalités d’exploitation ont été précisés.
Ce passage est central : Nathalie Koenders cherche à démontrer que le projet n’a pas été imposé, mais construit dans le dialogue. Elle insiste également sur les engagements pris, notamment en matière d’agriculture biologique et de respect du cadre de vie.
Des garanties concrètes pour le quotidien
Face aux inquiétudes exprimées par certains riverains, la maire adopte un ton plus direct, presque pédagogique. « Le viticulteur s’est engagé à respecter strictement les pratiques environnementales, mais aussi à préserver la tranquillité du voisinage. » Elle précise les aménagements réalisés (défrichage, plantation de haies, organisation du terrain), montrant que le projet s’inscrit dans une démarche encadrée et réfléchie.
Elle va même plus loin en clarifiant certaines rumeurs : « La Ville de Dijon n’est pas à l’origine des ventes de parcelles privées en friche à des vignerons. » Et surtout : « Il n’existe aucun plan caché visant à développer massivement la vigne sur ce secteur. » Cette affirmation constitue un point clé de son intervention, visant à désamorcer les craintes d’une transformation brutale du quartier.

Une valorisation du terroir, sans opposition
Dans une approche plus politique, Nathalie Koenders appelle à dépasser les oppositions. « Arrêtons d’opposer agriculture et viticulture. » Elle défend une vision équilibrée du territoire, où la vigne retrouve sa place sans exclure les autres usages. Elle tient également à rassurer sur un point sensible : « Aucun jardin familial digne de ce nom ne sera sacrifié. » Ces précisions traduisent une volonté claire : apaiser, tout en affirmant la légitimité du projet.
Un projet concret, tourné vers l’avenir
Au-delà des principes, la maire détaille également les aspects concrets du Clos Pau Roca. Elle évoque la production attendue :
— plus d’un millier de bouteilles dans les bonnes années,
— une partie destinée à la cave internationale de l’OIV.
Elle précise aussi l’origine des plants : « Les pieds de vigne […] produiront du pinot noir […] issus du même “bois” que ceux plantés récemment place Bossuet. » Ce niveau de détail renforce la dimension tangible du projet : il ne s’agit pas seulement d’un symbole, mais bien d’une production viticole réelle, inscrite dans une filière de qualité.
« Longue vie au Clos Pau Roca ! »
La conclusion du discours se veut à la fois simple et fédératrice. « Réjouissons-nous […] de voir renaître ce paysage […] Longue vie au Clos Pau Roca ! » Par ces mots, Nathalie Koenders résume l’esprit de son intervention : un appel à regarder le projet non comme une contrainte, mais comme une opportunité. Entre mémoire retrouvée, engagement environnemental et projection vers l’avenir, son discours s’inscrit dans une volonté de réconciliation entre passé et présent, entre habitants et territoire.
Enfin, au-delà de sa dimension institutionnelle et territoriale, cette inauguration revêtait avant tout la forme d’un hommage profondément sincère à Pau Roca, dont l’empreinte demeure indélébile à Dijon comme dans l’ensemble du monde vitivinicole. Les différentes prises de parole qui ont rythmé la cérémonie ont ainsi permis de rappeler, chacune à leur manière, la portée de son engagement, son rôle déterminant dans le rayonnement international de la filière, mais aussi les liens humains qu’il avait su tisser.
Plusieurs discours ont ainsi été prononcés au cours de cet événement, traduisant à la fois l’émotion suscitée par cet hommage et l’importance symbolique de cette plantation. Toutefois, en raison de la manifestation qui s’est tenue à proximité au même moment, les conditions sonores n’ont pas permis de garantir un enregistrement optimal de l’ensemble des interventions. Une partie des propos se révèle de ce fait difficilement audible. Nous tenons à préciser que cette situation est totalement indépendante de notre volonté et nous vous prions de bien vouloir nous en excuser, tout en espérant que l’esprit de cet hommage, lui, demeure pleinement perceptible à travers ce reportage.































