La question du prix des carburants revient avec force au cœur du débat public en France. Alors que les ménages font face à une hausse continue du coût de la vie, un récent communiqué de la Fédération nationale des industries chimiques CGT dénonce ce qu’elle qualifie de « grande arnaque », pointant du doigt à la fois l’État et les acteurs privés du secteur pétrolier. Ce document, particulièrement virulent, avance des chiffres et une analyse qui alimentent une colère sociale déjà palpable.
En 2025, la consommation totale de carburant en France atteint des niveaux considérables. Selon les données avancées, 47,5 milliards de litres de carburant routier ont été consommés, auxquels s’ajoutent 5,3 milliards de litres de gazole non routier, utilisé notamment dans les secteurs de l’agriculture, des travaux publics et de la pêche . Cette consommation massive se traduit par une facture globale colossale pour les consommateurs : entre 106 et 122 milliards d’euros sur une seule année, en fonction d’un prix moyen oscillant entre 2 et 2,3 euros le litre.
Au cœur des critiques formulées par le communiqué se trouve la fiscalité appliquée aux carburants. L’État prélèverait environ un euro par litre, soit près de 43 % du prix total. Cette part fiscale représente ainsi entre 46 et 52 milliards d’euros de recettes annuelles pour les finances publiques . Pour les auteurs du texte, ce niveau de taxation est jugé excessif et contribue directement à la pression financière exercée sur les ménages, en particulier les travailleurs dépendants de leur véhicule pour se rendre sur leur lieu d’emploi.
Mais la critique ne s’arrête pas à l’État. Les distributeurs de carburant sont également accusés de dégager des marges importantes. Le communiqué estime que ces acteurs récupèrent entre 60 et 70 milliards d’euros par an, après prise en compte des coûts d’approvisionnement et de distribution . En se basant sur une hypothèse d’approvisionnement à Rotterdam pour un coût global d’environ 50 milliards d’euros, les auteurs avancent que les profits nets des distributeurs pourraient atteindre entre 10 et 20 milliards d’euros annuels.
Cette analyse conduit à une conclusion forte : le prix réel du carburant pourrait être significativement plus bas. En intégrant les coûts de transport et une marge estimée à 10 centimes par litre, le coût de production d’un litre de diesel serait d’environ 1,15 euro, et celui du SP95 autour de 0,80 euro . Dès lors, en réduisant à la fois la fiscalité et les marges des distributeurs, le communiqué affirme qu’un prix de 1,20 euro par litre serait « possible ».
Au-delà des chiffres, le texte adopte une dimension politique assumée. Il propose de compenser la baisse des recettes fiscales liées au carburant en mettant fin à certaines aides publiques aux grandes entreprises. Ces aides, estimées à 211 milliards d’euros par an, seraient, selon le communiqué, principalement captées par les grands groupes du CAC 40, dont les majors pétrolières . Cette redistribution des priorités budgétaires est présentée comme une alternative permettant de soulager directement les ménages.
La situation sociale est décrite comme critique. Pour de nombreuses familles, les dépenses liées au carburant représentent plusieurs centaines d’euros par mois, une charge devenue difficilement soutenable. Le communiqué insiste sur le fait que cette pression financière contribue à une forme d’appauvrissement des travailleurs, contraints de consacrer une part croissante de leurs revenus à leurs déplacements quotidiens.
Face à ce constat, les auteurs du texte expriment un scepticisme quant à une évolution spontanée de la situation. Ils estiment que ni l’État ni les entreprises concernées n’ont intérêt à renoncer à ces revenus considérables. Par conséquent, ils appellent à une mobilisation collective d’ampleur. Cette mobilisation aurait un double objectif : imposer une baisse des prix du carburant et obtenir une augmentation des salaires, notamment avec la revendication d’un salaire minimum fixé à 2 400 euros.
Le communiqué se conclut sur un appel explicite à l’action, évoquant la nécessité de grèves et de manifestations pour transformer la colère en mouvement social structuré. Ce ton militant illustre une radicalisation du discours autour de la question énergétique, désormais perçue non seulement comme un enjeu économique, mais aussi comme un symbole des inégalités sociales.
Ainsi, au-delà des données chiffrées, ce document met en lumière une fracture croissante entre les institutions, les entreprises et une partie de la population. Le prix du carburant, bien plus qu’un simple indicateur économique, devient un révélateur des tensions sociales et des choix politiques qui traversent la société française contemporaine.
