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Les organisations syndicales représentatives des sapeurs-pompiers et des agents des SDIS dénoncent plus de vingt années de sous-investissement. Elles réclament des recrutements massifs, des équipements adaptés et un engagement financier durable de l’État.

Dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux et lu par Anthony Cheveau, vice-président et porte-parole de l’UNSA Sapeurs-Pompiers, l’ensemble des organisations syndicales représentatives des sapeurs-pompiers et des agents des services départementaux d’incendie et de secours alerte sur la dégradation de la sécurité civile en France.

Daté du 3 août 2026 à Paris, le texte intervient alors que les sapeurs-pompiers sont mobilisés depuis plusieurs jours sur des incendies d’une ampleur exceptionnelle. Face aux images spectaculaires des interventions et aux nombreux hommages rendus par les responsables politiques, les syndicats refusent que la mise en avant du courage des soldats du feu occulte la réalité de leurs conditions de travail.

« Nous refusons que le qualificatif de héros attribué aux sapeurs-pompiers serve à masquer le délitement de la sécurité civile », affirment-ils. Les organisations rappellent que les personnels ne réclament « ni admiration particulière, ni glorification permanente », mais demandent simplement de pouvoir accomplir leurs missions avec des effectifs suffisants, des équipements adaptés et des moyens opérationnels à la hauteur des risques auxquels ils sont confrontés.

Plus de vingt années de sous-investissement dénoncées

Pour les syndicats, la situation actuelle ne peut pas être expliquée uniquement par l’intensification des phénomènes climatiques. Elle serait également le résultat de « plus de vingt années de sous-investissement dans la sécurité civile », d’alertes répétées restées sans réponse et de décisions politiques ayant progressivement affaibli la capacité du pays à affronter des crises majeures.

Sur le terrain, les sapeurs-pompiers peuvent compter sur une importante mobilisation collective. Agriculteurs équipés de citernes, militaires, élus locaux, bénévoles et citoyens participent aux opérations ou apportent leur soutien aux secours.

Les organisations syndicales saluent cette « chaîne de solidarité remarquable », tout en mettant en garde contre une situation dans laquelle la population serait contrainte de pallier les insuffisances du service public.

« Lorsque les citoyens doivent compenser les insuffisances du service public, il ne s’agit plus seulement de solidarité. C’est le symptôme d’un système arrivé à ses limites », préviennent-elles.

Des professionnels contraints de poser des congés

Le communiqué pointe également une contradiction jugée particulièrement choquante. Dans plusieurs services départementaux d’incendie et de secours, des sapeurs-pompiers professionnels seraient contraints de poser des jours de congé pour pouvoir intégrer des colonnes de renfort envoyées sur les zones touchées par les incendies.

Dans le même temps, l’État demande aux employeurs de libérer les sapeurs-pompiers volontaires afin qu’ils puissent renforcer les dispositifs de lutte contre les feux.

« Comment expliquer qu’un sapeur-pompier professionnel doive utiliser ses jours de congé pour exercer son métier et protéger la population ? Cette contradiction est incompréhensible. Elle est surtout indigne des défis auxquels notre pays est désormais confronté », dénoncent les syndicats.

Ces derniers affirment alerter depuis plusieurs années sur le manque chronique d’effectifs, le vieillissement des véhicules et des matériels, l’insuffisance des équipements de protection individuelle, la dégradation des conditions de travail et l’absence d’une véritable stratégie nationale en faveur de la sécurité civile.

Une doctrine d’intervention fragilisée

La France s’appuie historiquement sur une doctrine d’attaque rapide et massive des feux naissants, destinée à intervenir avec des moyens importants dès les premières minutes afin d’éviter la propagation des incendies.

Longtemps considérée comme l’une des stratégies les plus efficaces au monde, cette doctrine deviendrait aujourd’hui de plus en plus difficile à appliquer en raison du manque de personnels et de matériels disponibles.

Selon les chiffres avancés dans le communiqué, les incendies auraient déjà ravagé plus de 120 000 hectares et détruit plus de 200 habitations. Ils auraient également entraîné la fermeture ou la destruction de plusieurs entreprises, affectant durablement l’activité économique des territoires concernés.

Les syndicats font par ailleurs état de plus de 130 sapeurs-pompiers intoxiqués au cours des interventions. Six d’entre eux auraient dû être pris en charge dans des caissons hyperbares. Les organisations s’inquiètent également des conséquences sanitaires à long terme de l’exposition aux fumées et aux substances toxiques, encore insuffisamment évaluées selon elles.

Elles rappellent enfin que ces interventions peuvent avoir un coût humain dramatique, y compris parmi les sapeurs-pompiers engagés sur le terrain.

Un recrutement massif réclamé

Face à cette situation, les organisations syndicales exigent un engagement financier durable de l’État en faveur de la sécurité civile. Elles demandent notamment un recrutement massif de sapeurs-pompiers professionnels, le renforcement immédiat des moyens nationaux, ainsi que le renouvellement et la modernisation des matériels opérationnels.

Elles réclament également une amélioration des équipements de protection individuelle, un suivi médical renforcé pour les personnels exposés aux fumées et aux produits toxiques, ainsi qu’une transparence complète sur l’état réel des effectifs et des ressources disponibles dans les différents services d’incendie et de secours.

Les syndicats contestent enfin l’usage du concept de résilience lorsqu’il conduit, selon eux, à faire reposer une part croissante de la gestion des crises sur les citoyens, les collectivités territoriales ou les personnels déjà mobilisés.

« La résilience ne peut devenir le prétexte à un désengagement progressif de l’État dans l’exercice de ses missions régaliennes de protection de la population », soulignent-ils.

Pour les signataires, la résilience d’un pays ne consiste pas à apprendre à vivre avec le manque de moyens. Elle dépend au contraire de la capacité de l’État à anticiper les crises, à protéger la population et à soutenir les professionnels chargés d’assurer quotidiennement la sécurité des citoyens.

Le communiqué se conclut par un appel direct à la responsabilité des pouvoirs publics : « Au bout du courage des sapeurs-pompiers commence la responsabilité de l’État. Aucune résilience collective ne remplacera jamais les moyens que la nation choisit de consacrer, ou de ne pas consacrer, à ceux qui la protègent. »


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