Lors du conseil métropolitain du 24 septembre, la convention 2027-2028 destinée à lutter contre l’habitat indigne a suscité un échange politique entre Valérie Blondel, élue de Nouvelle Énergie, et François Rebsamen. En cause : le nombre de diagnostics prévus sur le territoire métropolitain hors Dijon, jugé trop faible par l’opposition. Le président a, lui, défendu un dispositif partenarial qui ne relève que partiellement des compétences de la Métropole et renvoyé l’opposition à ses positions sur la construction de logements.
La lutte contre l’habitat indigne s’est invitée dans le débat politique au conseil de Dijon Métropole. À l’occasion de l’examen du rapport n°9, consacré à la convention partenariale de résorption des situations d’habitat indigne pour les années 2027 et 2028, Valérie Blondel, pour Nouvelle Énergie, a contesté le niveau d’ambition du dispositif proposé.
Sur le principe, l’élue ne remet pas en cause la nécessité d’agir. « Nous partageons évidemment l’objectif de cette délibération : lutter contre l’habitat indigne et garantir à chaque habitant des conditions de logement décent », a-t-elle rappelé en ouverture de son intervention. Mais c’est précisément l’ampleur des moyens prévus qui concentre ses critiques.
Cinq diagnostics par an hors Dijon
Le projet de convention prévoit, pour Dijon Métropole, cinq diagnostics techniques et une visite de contrôle par an sur le territoire métropolitain, à l’exclusion de la ville de Dijon. Dans la capitale régionale, le traitement des situations relève du Service communal d’hygiène et de santé, compétent notamment à partir des signalements des occupants ou des saisines transmises par le Comité logement indigne. Une quinzaine de réorientations vers ce service avaient été enregistrées depuis le 1er janvier 2026 au moment de la rédaction du rapport.
Rapporté aux deux années de la convention et aux communes concernées hors Dijon, ce volume représente dix diagnostics et deux visites de contrôle. Un niveau que Valérie Blondel considère insuffisant.
« Derrière ces chiffres, il y a des habitants », a insisté l’élue, disant être régulièrement saisie, dans l’exercice de son mandat, par des locataires confrontés à des problèmes d’humidité, de chauffage, de moisissures ou de dégradation de leur logement. Elle a également tenu à élargir le sujet au-delà du seul parc privé, estimant que les problématiques de qualité et d’entretien peuvent aussi concerner le logement social.
Valérie Blondel demande des données actualisées sur l’habitat indigne
L’intervention de Valérie Blondel a surtout porté sur l’absence, selon elle, d’un état des lieux suffisamment récent permettant de mesurer l’ampleur actuelle du phénomène.
L’élue a rappelé qu’une donnée ancienne faisait état de 3 480 logements potentiellement indignes en 2013 à l’échelle métropolitaine. Elle a également cité des documents de la Métropole selon lesquels le nombre de contacts pris en charge par les acteurs partenaires et concernant des personnes estimant vivre dans un logement indigne était passé de 1 570 en 2020 à 2 635 en 2022.
D’où une série de questions adressées à l’exécutif : combien de signalements ont été enregistrés en 2025 et 2026 ? Combien ont débouché sur un diagnostic, des travaux, un relogement ou l’engagement d’une procédure ?
Valérie Blondel conteste également le choix de fixer les objectifs 2027-2028 en fonction de l’activité des années précédentes, comme le prévoit le projet de délibération, sans présentation simultanée d’une photographie actualisée des besoins. La convention prévoit en effet que la répartition des objectifs pour les deux prochaines années tienne compte de l’activité constatée en 2025-2026.
« La convention est utile. Le partenariat est nécessaire. Mais cinq diagnostics par an pour toute une Métropole, hors Dijon, me paraît difficilement compatible avec l’ambition affichée de résorber l’habitat indigne », a conclu Valérie Blondel. Le groupe a annoncé son vote contre la délibération, réclamant un objectif de repérage plus important, un suivi précis des résultats et des moyens renforcés.
Un dispositif piloté en partenariat avec l’État, le Département et la CAF
Le dossier examiné par les élus s’inscrit toutefois dans un cadre plus large que celui de Dijon Métropole. La convention associe l’État, le Conseil départemental de la Côte-d’Or, la Caisse d’allocations familiales, la Mutualité sociale agricole de Bourgogne et Dijon Métropole.
Le dispositif doit notamment permettre le relogement des familles exposées à un danger pour leur santé ou leur sécurité, la réalisation de travaux dans les logements signalés ainsi que le traitement des situations d’habitat précaire. L’ADIL joue le rôle de guichet unique départemental pour recueillir les signalements, tandis que la Direction départementale des territoires centralise et suit les dossiers au sein du Comité logement indigne.
Un opérateur spécialisé est ensuite chargé de réaliser les diagnostics techniques des logements signalés dans le cadre d’un groupement de commandes porté administrativement et financièrement par l’État.
Pour 2027 et 2028, le montant forfaitaire maximal du dispositif est fixé à 81 216 euros TTC. La CAF en financerait 44,3 %, le Conseil départemental 28,5 %, l’État 13,3 %, la MSA 4,4 % et Dijon Métropole 9,5 %. La contribution métropolitaine s’élèverait ainsi à 7 704 euros sur deux ans, soit 3 852 euros par an.
François Rebsamen renvoie Valérie Blondel à la question de la construction de logements
Face aux critiques, François Rebsamen a choisi de déplacer le débat vers la politique générale du logement.
Selon lui, ceux qui souhaitent disposer de davantage de possibilités de relogement devraient également soutenir les projets de construction portés sur le territoire. Il a rappelé que 18 000 logements avaient été construits au cours des vingt dernières années, avant de reprocher au mouvement représenté par Valérie Blondel de s’opposer régulièrement à certaines opérations, notamment concernant des logements à loyer modéré.
Le président a également insisté sur la nature partenariale du dispositif. Dijon Métropole n’en finance qu’une partie et, a-t-il souligné, la lutte contre l’habitat indigne ne relève pas directement et exclusivement de sa compétence. La collectivité intervient néanmoins financièrement aux côtés des autres partenaires.
« Le mieux pour aider à la résorption des logements indignes, c’est surtout de construire des logements neufs », a-t-il résumé avant de proposer de passer au vote.
Deux lectures opposées de la lutte contre l’habitat indigne
L’échange révèle ainsi deux approches différentes du dossier.
Nouvelle Énergie concentre sa critique sur le repérage des logements dégradés et le traitement concret des signalements, considérant que le nombre de diagnostics programmé ne correspond pas à l’ampleur potentielle du problème. Le groupe réclame surtout des données plus récentes pour déterminer les objectifs des prochaines années.
François Rebsamen défend, de son côté, la participation de la Métropole à un mécanisme départemental associant plusieurs institutions et insiste sur un autre levier : l’augmentation de l’offre de logements, considérée comme indispensable pour proposer des solutions de relogement aux ménages concernés.
Au-delà de la convention elle-même, le débat pose donc une question plus large : faut-il d’abord renforcer les moyens de détection et de traitement de l’habitat indigne existant, ou accroître l’offre de logements disponibles pour faciliter les sorties de situations dégradées ? Sur ce point, majorité métropolitaine et Nouvelle Énergie affichent clairement des priorités différentes.
Une chose demeure pourtant difficile à éluder : construire des logements neufs ne fait pas disparaître, par magie, les logements indignes déjà occupés. À Dijon comme dans le reste de la Métropole, la question posée reste entière : combien de familles vivent encore aujourd’hui dans des logements dégradés, insalubres ou dangereux, et combien d’entre elles bénéficient réellement d’un diagnostic, de travaux ou d’un relogement ? En choisissant de renvoyer Valérie Blondel au débat sur la construction neuve, François Rebsamen répond surtout à une autre question que celle qui lui était posée. Car derrière les chiffres, les conventions et les compétences partagées, une réalité demeure : l’habitat indigne existe toujours sur le territoire, et cinq diagnostics par an hors Dijon paraissent bien maigres face à un problème dont l’ampleur actuelle n’a, précisément, pas été clairement exposée.
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