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Adresses personnelles, numéros de téléphone, courriels et, dans certains cas, coordonnées bancaires : Dijon Actualités a découvert qu’un nombre important d’élus de Dijon, de Dijon Métropole, du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté et du conseil départemental de la Côte-d’Or apparaissent dans une vaste base de données accessible sur Internet. Le site, dont nous avons volontairement choisi de ne révéler ni le nom ni l’adresse, agrège des informations provenant de multiples fuites de données.

Les cyberattaques se multiplient et, avec elles, les vols massifs de données personnelles. Entreprises privées, administrations, plateformes numériques ou enseignes commerciales : aucune organisation ne semble aujourd’hui totalement à l’abri. À chaque attaque, ce sont parfois plusieurs centaines de milliers, voire plusieurs millions de personnes qui voient tout ou partie de leurs informations personnelles compromises.

L’actualité récente l’a encore montré avec le Groupement Les Mousquetaires, auquel appartient notamment Intermarché, touché par une cyberattaque ayant entraîné la compromission de données personnelles de nombreux clients de son service Drive.

Mais une cyberattaque ne s’arrête pas au moment où la faille est découverte. Une fois dérobées, les données peuvent continuer à circuler pendant des années, être revendues, copiées, regroupées avec d’autres fichiers et réapparaître sur de nouvelles plateformes.

C’est précisément ce phénomène que Dijon Actualités a pu constater.

Un moteur de recherche de données personnelles

Au cours de ses investigations, la rédaction a découvert un site internet permettant de rechercher très simplement des informations sur une personne. Dans certains cas, il suffit de saisir un nom et un prénom pour obtenir plusieurs résultats. Une recherche à partir d’une adresse peut également faire apparaître des profils associés à ce lieu.

Dijon Actualités a pris la décision de ne pas révéler l’identité de ce site, son nom de domaine ou tout autre élément susceptible de faciliter son accès.

Ce choix est volontaire. Les informations disponibles sur cette plateforme sont présentées comme provenant de bases de données compromises ou volées. Publier l’adresse du site reviendrait à faciliter l’accès à des données personnelles qui n’auraient jamais dû être rendues publiques.

Notre objectif est donc d’informer sur l’existence du phénomène et sur son ampleur, sans contribuer davantage à la diffusion des informations concernées.

François Rebsamen apparaît dans la base

Parmi les recherches effectuées par Dijon Actualités figure notamment celle concernant François Rebsamen, président de Dijon Métropole et ancien ministre.

Une fiche correspondant à son identité est accessible sur la plateforme consultée. Elle rassemble plusieurs informations à caractère personnel, dont son adresse postale. Plus préoccupant encore, des données présentées comme bancaires y figurent également, notamment un numéro d’IBAN.

La présence de telles informations pose un véritable problème de sécurité. Une adresse personnelle, un numéro de téléphone ou des coordonnées bancaires peuvent notamment être utilisés dans le cadre de tentatives d’escroquerie, d’usurpation d’identité ou de campagnes de phishing particulièrement ciblées.

Plusieurs élus du conseil municipal de Dijon concernés

François Rebsamen est loin d’être le seul responsable politique dijonnais à apparaître dans cette base. Les recherches menées par notre rédaction ont permis de retrouver des fiches associées à plusieurs membres du conseil municipal de Dijon.

À titre d’exemple, les noms de Catherine Petitjean, Marie-Hélène Randrian Juillard, Denis Guvenatam, Benoît Bordat ou encore Massar N’Diaye apparaissent dans les résultats obtenus.

La quantité et la nature des informations disponibles varient selon les personnes. Certaines fiches ne contiennent que quelques éléments, tandis que d’autres rassemblent davantage de données personnelles : adresse personnelle, numéro de téléphone et, pour certaines personnes, coordonnées bancaires, notamment un IBAN.

Là encore, Dijon Actualités ne publiera aucune adresse, aucun numéro de téléphone, aucune adresse électronique privée ni aucune information bancaire obtenue par l’intermédiaire de cette plateforme.

Des élus de l’opposition également touchés

Le phénomène ne concerne pas uniquement les élus appartenant à la majorité municipale. Plusieurs personnalités de l’opposition dijonnaise apparaissent elles aussi dans les résultats consultés par Dijon Actualités. C’est notamment le cas d’Axel Sibert, de Sabine Baillot et d’Emmanuel Bichot.

Dans certaines recherches, des informations semblent également pouvoir concerner des membres de l’entourage ou de la famille des personnes ciblées. Cette dimension rend la situation encore plus préoccupante. Au-delà de l’exposition des élus eux-mêmes, la circulation de données relatives à leurs proches peut poser des questions de sécurité et de protection de la vie privée.

Des conseillers régionaux également exposés

Les investigations de Dijon Actualités ont ensuite été élargies aux élus du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. Là encore, plusieurs résultats apparaissent. Pour l’un des élus concernés, dont nous avons choisi de ne pas révéler l’identité dans cet article, le site indique que certaines de ses données personnelles proviendraient d’une compromission liée au site de la marque « Le Slip Français », survenue en 2024.

Cette indication doit toutefois être considérée avec prudence. Dijon Actualités n’est pas en mesure de confirmer de manière indépendante que l’ensemble des informations proposées par la plateforme provient réellement de la source qu’elle mentionne. Une donnée volée peut en effet être copiée à plusieurs reprises, intégrée à de nouveaux fichiers puis associée, à tort ou à raison, à une fuite particulière.

D’autres élus apparaissent également dans cette base, parmi lesquels, à titre d’exemple, Michel Neugnot, Stéphanie Modde, Patrick Ayache et Guillaume Badet. Selon les fiches consultées, différentes catégories de données peuvent apparaître : coordonnées téléphoniques, adresses électroniques, adresses postales ou autres informations permettant d’identifier directement une personne.

Des sources présentées comme multiples

Le site prétend identifier, pour certaines informations, la base de données ou le service à l’origine de la fuite. Au fil de nos recherches, plusieurs noms de plateformes, d’entreprises ou de services apparaissent ainsi dans les fiches consultées. Certaines informations sont présentées comme ayant été récupérées à la suite de compromissions ayant concerné des entreprises privées, des réseaux sociaux ou des services numériques utilisés par le grand public.

Des références à des services administratifs ou à des outils d’identification en ligne apparaissent également. Dans certaines situations, la plateforme associe même les données d’une personne à des sites pour adultes.

Sur ce point, la prudence est indispensable. Une telle mention ne permet pas d’affirmer qu’une personnalité ou qu’un particulier utilise réellement le service cité. Elle ne permet pas davantage de garantir que l’origine attribuée aux données soit exacte.

La publication de ce type d’association peut pourtant porter gravement atteinte à la vie privée ou à la réputation des personnes concernées. C’est pourquoi Dijon Actualités a choisi de ne pas révéler l’identité des personnes lorsque les résultats obtenus touchent à des éléments particulièrement sensibles de leur vie privée.

Le conseil départemental de la Côte-d’Or également concerné

Les élus du conseil départemental de la Côte-d’Or ne semblent pas davantage épargnés. Lors de ses recherches, Dijon Actualités a retrouvé plusieurs profils associés à des conseillers départementaux. C’est notamment le cas de Céline Maglica. La fiche correspondant à son identité comporte plusieurs catégories d’informations personnelles, parmi lesquelles une commune de résidence, des coordonnées téléphoniques et électroniques et, selon les informations affichées par le site, des données de nature bancaire.

D’autres élus ou responsables politiques locaux apparaissent également dans les recherches effectuées par la rédaction.

Des vérifications menées dans les communes de Dijon Métropole

Face au nombre de résultats obtenus, Dijon Actualités a souhaité mesurer plus précisément l’ampleur du phénomène à l’échelle locale. La rédaction a donc effectué des recherches portant sur les élus de plusieurs conseils municipaux de Dijon Métropole, notamment à Dijon, Chenôve, Talant ou Chevigny-Saint-Sauveur, ainsi que dans d’autres communes de l’intercommunalité.

Le nombre de profils retrouvés est particulièrement préoccupant.

Pour autant, cette situation n’a malheureusement rien d’exceptionnel. Les élus et responsables politiques ne représentent qu’une partie visible d’un phénomène beaucoup plus vaste qui concerne également des milliers de citoyens anonymes.

Dans une résidence de 51 logements, 31 occupants retrouvés

Pour tenter d’évaluer l’ampleur de cette base auprès de citoyens ordinaires, Dijon Actualités a procédé à un test dans une résidence connue de la rédaction. L’immeuble compte 51 logements.

Après avoir relevé les noms visibles sur les boîtes aux lettres, la rédaction a effectué des recherches sur le site en utilisant les identités correspondantes. Résultat : des informations correspondant à des occupants de 31 logements ont été retrouvées dans la base.

Ce test ne constitue évidemment pas une étude scientifique ou statistique et ne permet pas d’extrapoler cette proportion à l’ensemble de la population dijonnaise. Il reste néanmoins révélateur de la banalisation des fuites de données.

Lorsqu’une seule résidence permet de retrouver plusieurs dizaines de personnes dans une base issue de données compromises, il devient difficile de considérer le phénomène comme marginal.

Une recherche parfois possible à partir d’une simple adresse

L’un des aspects les plus inquiétants de la plateforme réside dans sa simplicité d’utilisation. Il n’est pas nécessaire de disposer de compétences informatiques particulières pour l’utiliser. Dans certaines situations, un nom et un prénom suffisent. Dans d’autres, une simple adresse permet de retrouver des profils associés à un logement ou à un immeuble.

Cette facilité d’accès représente un changement important dans la manière dont les données volées peuvent être exploitées. Pendant longtemps, les bases issues de cyberattaques circulaient principalement sur des forums spécialisés ou dans des espaces difficiles d’accès pour le grand public.

Le site observé par Dijon Actualités transforme au contraire ces données en véritable moteur de recherche. Les informations sont ainsi beaucoup plus facilement accessibles à une personne mal intentionnée.

Un risque réel d’arnaques et d’usurpation d’identité

Une donnée isolée n’est pas toujours suffisante pour commettre une fraude. Mais l’agrégation de plusieurs informations peut devenir particulièrement dangereuse. Un nom complet associé à une adresse, un numéro de téléphone, une adresse électronique ou une date de naissance peut permettre de construire une tentative d’escroquerie extrêmement crédible.

Les cybercriminels peuvent par exemple se faire passer pour une banque, une administration, un fournisseur d’énergie ou un opérateur téléphonique. Plus le message contient d’informations réelles sur la victime, plus celle-ci risque de lui accorder du crédit.

C’est notamment le principe du phishing ciblé : au lieu d’envoyer des milliers de messages identiques au hasard, les fraudeurs utilisent des informations précises afin de personnaliser leur approche. Pour les personnalités publiques, la divulgation d’une adresse personnelle peut également poser des questions de sécurité physique.

Des données qui ne disparaissent jamais vraiment

Les grandes fuites de données comportent une particularité : une fois qu’un fichier a été copié, il devient extrêmement difficile d’en empêcher définitivement la circulation. Un fichier volé aujourd’hui peut être revendu quelques semaines plus tard, réapparaître plusieurs années après ou être fusionné avec d’autres bases.

Une fuite contenant une adresse électronique peut, par exemple, être croisée avec une autre contenant un numéro de téléphone, puis avec une troisième contenant une adresse postale. Au fil des années, ces différents éléments peuvent permettre de reconstituer des profils particulièrement détaillés.

C’est aussi ce qui explique pourquoi une cyberattaque ancienne peut encore produire des conséquences bien après les faits.

Un véritable commerce autour des données volées

La découverte la plus troublante concerne peut-être le modèle économique affiché par le site. La plateforme propose aux personnes qui découvrent leur profil de demander la suppression de certaines informations. Mais cette opération est payante. Selon les modalités observées par Dijon Actualités, la procédure se déroule en plusieurs étapes : l’utilisateur doit d’abord choisir une formule, effectuer un paiement en cryptomonnaie, rechercher son profil puis demander la suppression de la fiche. Le coût constaté est de quelques euros, généralement compris entre 5 et 8 euros selon les options proposées.

Autrement dit, une personne peut découvrir que ses données personnelles ont été rendues accessibles sans son consentement, avant de se voir proposer de payer pour les faire retirer. Un véritable commerce semble ainsi s’être constitué autour d’informations potentiellement issues de vols ou de compromissions de bases de données.

Cette proposition soulève une autre question essentielle : que se passe-t-il réellement après le paiement ? La disparition d’une fiche sur un site ne signifie pas que les informations disparaissent d’internet.

Si les données proviennent d’une fuite ayant déjà circulé, elles peuvent être présentes sur de nombreux autres serveurs, fichiers ou forums. Elles peuvent également avoir été copiées par d’autres utilisateurs. Il serait donc extrêmement difficile de garantir qu’un paiement effectué auprès d’un site puisse faire disparaître définitivement les données concernées.

Dijon Actualités a signalé le site aux services de police

Compte tenu de la nature des informations accessibles, de leur caractère sensible et du nombre potentiel de victimes, Dijon Actualités a décidé de transmettre l’adresse du site aux services de police. La rédaction a également fait le choix de ne pas publier de captures d’écran permettant d’identifier facilement la plateforme ou de retrouver les données personnelles des victimes.

Il appartient désormais aux services compétents de déterminer les responsabilités éventuelles, l’origine des données diffusées et les mesures pouvant être prises à l’encontre du site. La question de la protection des données personnelles relève également des autorités spécialisées, notamment lorsque les informations concernent des citoyens français ou européens.

À mesure que les cyberattaques se multiplient, la question n’est donc plus seulement de savoir comment protéger nos informations personnelles. Elle est aussi de savoir où elles circulent déjà, qui les détient et qui peut aujourd’hui y accéder.

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