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Face à l’augmentation du nombre d’enfants suivis par les services de protection de l’enfance et à des situations jugées de plus en plus complexes, le Département de la Côte-d’Or entend renforcer la coordination entre les différents acteurs du secteur. Réunie lundi sous la présidence de François Sauvadet, l’Assemblée plénière de l’Observatoire départemental de la protection de l’enfance a permis de dresser un état des lieux de la situation et de mettre en avant plusieurs priorités pour les mois à venir.

Créé dans le cadre de la loi du 5 mars 2007 et installé en Côte-d’Or depuis 2014, l’Observatoire départemental de la protection de l’enfance rassemble les services du Département et de l’État, la Justice, la Protection judiciaire de la jeunesse, l’Éducation nationale, les professionnels de santé, les établissements hospitaliers ou encore les associations spécialisées. Son rôle est notamment de partager les données disponibles, d’analyser les évolutions observées sur le territoire et de favoriser une réponse coordonnée aux besoins des enfants et de leurs familles.

Pour François Sauvadet, président du Conseil départemental de la Côte-d’Or, cette coopération est devenue d’autant plus indispensable que les situations auxquelles sont confrontés les professionnels se complexifient. « La protection de l’enfance est l’affaire de tous », a-t-il rappelé, estimant que le Département ne pouvait agir seul face à des problématiques qui concernent aussi la santé, la justice, l’éducation ou encore l’insertion.

Le président du Département a également insisté sur la nécessité de maintenir un travail collectif entre institutions et professionnels. L’objectif affiché reste celui d’une prise en charge individualisée, capable de tenir compte du parcours et des besoins particuliers de chaque enfant, alors que les dispositifs de protection sont soumis à une pression croissante.

Plus de 3 400 enfants concernés en 2025

Les chiffres présentés lors de cette assemblée illustrent cette évolution. En 2025, 3 424 enfants ont bénéficié d’au moins une mesure de protection de l’enfance en Côte-d’Or. Ils étaient 3 061 en 2022, soit une hausse proche de 12 % en trois ans.

Le nombre d’informations préoccupantes, qui permettent de signaler une situation susceptible de mettre en danger ou en risque de danger un mineur, a lui aussi fortement progressé. Le Département en a comptabilisé 2 428 en 2025, contre 1 806 en 2022.

Les événements indésirables survenus dans le cadre des dispositifs de prise en charge font également l’objet d’un suivi spécifique. En 2025, 477 signalements ont été recensés concernant 209 enfants. Les adolescents âgés de 13 à 18 ans sont les plus représentés parmi ces situations.

Cette progression du nombre d’enfants concernés intervient dans un contexte de tension sur les capacités d’accueil. Entre 2019 et 2025, la Côte-d’Or a perdu 165 places d’accueil familial. Une évolution qui oblige le Département et ses partenaires à diversifier davantage les solutions proposées.

« Il n’existe pas une solution unique », a souligné François Sauvadet, qui plaide pour un éventail de dispositifs permettant d’adapter l’accompagnement à la situation de chaque enfant.

La question préoccupante de la santé mentale

Parmi les sujets mis en avant lors de la réunion figure également la santé mentale des enfants et des adolescents. Le Département constate une augmentation des besoins, alors que les capacités de prise en charge en pédopsychiatrie restent limitées.

François Sauvadet a directement interpellé l’État sur ce point, considérant que les Départements ne peuvent se substituer aux compétences nationales en matière de santé. Selon lui, les moyens de la pédopsychiatrie sont aujourd’hui insuffisants face à l’augmentation des demandes, avec des délais d’attente parfois importants et des jeunes qui restent sans réponse adaptée à leur situation.

Cette question illustre l’une des principales difficultés de la protection de l’enfance : une partie des jeunes accompagnés cumule plusieurs problématiques, qu’elles soient éducatives, familiales, sociales, psychologiques ou médicales. Leur prise en charge nécessite donc souvent l’intervention simultanée de plusieurs institutions.

Crédit photo : Philippe Bruchot – CD 21

Des assistants familiaux toujours indispensables

Dans ce contexte, le Département cherche également à renforcer l’attractivité des métiers de la protection de l’enfance. La Côte-d’Or compte actuellement 136 assistants familiaux, qui accueillent 264 enfants.

Le recrutement de nouvelles familles d’accueil est devenu un enjeu important, notamment pour compenser la baisse du nombre de places disponibles ces dernières années. Une campagne de communication a ainsi été menée pour mieux faire connaître cette profession.

Le Département estime que cette démarche commence à porter ses fruits. Huit agréments avaient été délivrés en 2024, contre 25 en 2025. En septembre 2026, 20 nouveaux agréments avaient déjà été enregistrés.

L’accueil familial reste une composante essentielle du dispositif départemental, mais il ne peut répondre à toutes les situations. Certains jeunes nécessitent un encadrement plus spécialisé, notamment lorsqu’ils présentent des troubles importants ou des parcours marqués par plusieurs ruptures.

De nouvelles solutions pour les situations complexes

C’est dans cette logique que de nouveaux dispositifs sont progressivement mis en place. À Morey-Saint-Denis, la structure « La Cabotte » a ouvert ses portes en septembre 2026. Elle peut accueillir six jeunes relevant de la protection de l’enfance et présentant des problématiques complexes nécessitant un accompagnement renforcé.

L’objectif est notamment d’éviter les ruptures successives de placement, qui peuvent fragiliser davantage des enfants ayant parfois déjà connu plusieurs changements de lieux de vie ou de référents.

Au-delà de l’accueil, le Département souhaite également mieux préparer la sortie des dispositifs de protection de l’enfance. Le passage à la majorité reste en effet une étape particulièrement sensible pour des jeunes qui ne disposent pas toujours d’un soutien familial ou matériel suffisant.

Un protocole d’accompagnement destiné aux jeunes de 16 à 21 ans a ainsi été signé le 28 septembre avec les partenaires concernés. Il doit permettre de mieux coordonner les interventions dans des domaines aussi variés que l’emploi, le logement, la santé, l’insertion ou encore l’accès à la citoyenneté.

Miser davantage sur la prévention

La prévention constitue un autre axe mis en avant par le Département. L’enjeu est d’intervenir le plus tôt possible avant que certaines situations ne se dégradent et nécessitent des mesures de protection plus lourdes.

Cette stratégie suppose notamment une meilleure circulation de l’information entre professionnels, une présence renforcée sur le terrain et un travail étroit avec les familles. Pour le Conseil départemental, la protection de l’enfance ne doit pas uniquement intervenir lorsque la situation est déjà devenue critique, mais aussi chercher à prévenir les ruptures et à accompagner plus en amont les difficultés éducatives, sociales ou sanitaires.

L’Observatoire départemental doit précisément contribuer à cette démarche en permettant aux différents acteurs de partager leurs constats et d’identifier les évolutions du territoire.

Vers une approche plus globale de la protection de l’enfance

François Sauvadet appelle enfin à faire évoluer plus largement les méthodes de travail. Le président du Département estime que le système français demeure encore trop marqué par des interventions « en silo », dans lesquelles chaque institution agit principalement dans son propre champ de compétences.

Il cite notamment le modèle québécois, étudié dans le cadre de travaux menés avec Départements de France, où les politiques de protection de l’enfance, de santé et de services sociaux sont davantage articulées.

Une approche « à 360 degrés » que François Sauvadet souhaiterait voir davantage développée en France afin de mieux prendre en compte toutes les dimensions de la situation d’un enfant.

Avec plus de 3 400 mineurs concernés par une mesure de protection en Côte-d’Or en 2025, la question dépasse désormais la seule capacité d’accueil. Elle pose celle de l’organisation globale du système, de la coordination entre les institutions et des moyens humains et sanitaires mobilisés autour des enfants.

Pour le Département, la réponse passe donc à la fois par le développement de nouvelles solutions d’accueil, le recrutement de professionnels, le renforcement de la prévention et une coopération accrue entre les différents acteurs. Avec un même objectif affiché : éviter les ruptures de parcours et proposer à chaque enfant une réponse adaptée à sa situation.

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