À la suite de notre enquête consacrée aux saisies judiciairement validées à hauteur de 2 416 273,21 euros dans le dossier opposant Eiffage Immobilier Est à Village Gastronomique Real Estate, Dijon Actualités a sollicité les responsables de la Cité internationale de la gastronomie et du vin. L’échange avec Pierre Guez, appelé au printemps 2026 pour participer à la relance du Village gastronomique, a pris une tournure particulièrement tendue. Il nous reproche notamment de faire partie de ceux qui auraient « décrié » la Cité depuis cinq ans. Une accusation que nous ne pouvons laisser sans réponse.
La formule employée par Pierre Guez mérite d’être remise à sa juste place. Affirmer que certains auraient « décrié » la Cité depuis cinq ans revient à déplacer le débat. La vraie question n’est pas de savoir qui aime ou non la Cité, ni qui souhaite sa réussite. Elle est beaucoup plus simple : les faits publiés sont-ils exacts, documentés et d’intérêt public ? C’est sur ce terrain que Dijon Actualités entend rester.
Nous n’avons jamais eu pour mission de « défendre » la Cité. Nous n’avons pas davantage vocation à l’attaquer. Dijon Actualités n’est ni un service de communication, ni une agence de promotion, ni un outil destiné à rassurer des investisseurs. Notre travail consiste à informer, y compris lorsque les informations publiées sont désagréables pour ceux qui portent aujourd’hui le projet.
Lorsque nous publions des comptes faisant apparaître des pertes, nous ne créons pas ces pertes. Lorsque nous relatons une décision de justice, nous ne rendons pas cette décision. Lorsque des rapports évoquent des difficultés de gouvernance ou la nécessité d’une refondation, nous ne rédigeons pas ces rapports. Nous lisons des documents, nous les vérifions et nous les portons à la connaissance de nos lecteurs. Confondre les difficultés d’un projet avec ceux qui les racontent est une manière commode d’éviter le fond.
L’article à l’origine de cet échange portait précisément sur une décision judiciaire ayant validé des saisies pour plus de 2,4 millions d’euros dans un contentieux impliquant Village Gastronomique Real Estate. Il ne s’agissait ni d’une rumeur, ni d’un règlement de comptes, ni d’une attaque personnelle. Il s’agissait d’un dossier judiciaire. Le publier n’est pas « enfoncer » la Cité. C’est faire notre travail.
Pierre Guez nous a également reproché de ne pas avoir « défendu » la Cité et a estimé que certains articles pouvaient donner une mauvaise image de Dijon. Nous ne partageons pas cette conception du rôle de la presse. Une information ne devient pas moins légitime parce qu’elle tombe au mauvais moment ou parce qu’elle risque de déplaire à un investisseur. À partir du moment où un média commence à choisir ce qu’il publie en fonction des intérêts de communication de ceux qu’il couvre, il ne fait plus du journalisme.
L’accusation est d’autant plus surprenante que Pierre Guez lui-même a reconnu publiquement ces derniers mois que la Cité n’avait pas connu la réussite attendue et que son positionnement initial avait été trop élitiste. Lorsqu’il formule lui-même ce constat, il s’agirait d’un diagnostic lucide destiné à relancer le projet. Mais lorsque la presse documente des difficultés comparables, elle « décrierait » la Cité. Cette différence de traitement ne tient pas.
Nous refusons également l’idée selon laquelle enquêter sur la Cité reviendrait à être contre Dijon. Une ville forte n’a pas besoin d’une presse docile. Elle doit pouvoir supporter les enquêtes, les critiques et les informations qui ne correspondent pas toujours au récit officiel. Parler des difficultés d’un projet dijonnais n’est pas attaquer Dijon. C’est considérer que les Dijonnais ont le droit de savoir.
Au cours de notre échange, Pierre Guez nous a également déclaré qu’il était « connu à Dijon ». Nous n’avons aucune raison d’en douter. Mais cette notoriété ne change strictement rien au fond du dossier. Elle ne modifie ni un jugement, ni des comptes, ni un rapport. Dans une discussion avec un journaliste, être connu ne constitue pas une réponse aux questions posées.
Nous avions justement pris l’initiative de le contacter pour recueillir sa version. Nous étions prêts à entendre une contestation, un chiffre différent, un document nouveau ou une explication susceptible de modifier notre analyse. C’est cela, le contradictoire. Mais qualifier un article de polémique ou reprocher à un média de donner une mauvaise image d’un projet ne suffit pas à réfuter les faits sur lesquels il repose.
Pierre Guez a aujourd’hui pour mission de participer à la relance du Village gastronomique. Il est donc logique qu’il défende le projet. Notre rôle est différent. Si la situation s’améliore, nous le raconterons. Si la fréquentation repart, si les commerces se redressent et si la stratégie engagée produit des résultats, nous le raconterons également.
Mais nous ne réécrirons pas le passé pour rendre le présent plus confortable.
La Cité n’a pas connu des difficultés parce que la presse en a parlé. La presse en a parlé parce que ces difficultés existaient. Et c’est cette différence essentielle que Dijon Actualités continuera de défendre, n’en déplaise à celles et ceux qui pensent que nous avons tort, y compris aux personnalités « connues » comme Pierre Guez qui ne partagent pas notre analyse. Notre ligne ne dépendra jamais de la notoriété de ceux qui nous contestent, mais uniquement des faits que nous sommes en mesure de documenter.
Cité de la gastronomie : une condamnation à 2 416 273,21 euros pour William Krief
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